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Scandale Augusta : l’inconscience de la justice algérienne porte un coup fatal à Sonatrach

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Oui, c’est de l’inconscience. Nous sommes en 2020 et en Algérie, les dirigeants ne font toujours pas la différence entre un scandale de corruption et une affaire de mauvaise gestion. Une confusion sciemment entretenue par un régime qui cultive la culture du complot pour ses règlements de comptes au détriment de l’intérêt national allant jusqu’à prendre le risque de saboter le seul poumon économique du pays, à savoir la compagnie Sonatrach. 

En effet, le seul pourvoyeur de devises du pays va faire prochainement l’objet d’un nouveau feuilleton judiciaire autour d’un supposé scandale de corruption. Encore un autre scandale, mais celui-ci intervient au moment où le secteur des hydrocarbures est en pleine tourmente financière à cause de la pandémie du COVID-19. Au moment où Sonatrach va perdre 50 % de ses revenus en devises de ses exportations des hydrocarbures, au moment où elle va perdre 50 % de son budget d’exploitation, elle se retrouve sur le banc des accusés dans l’affaire de la raffinerie Augusta que la Justice algérienne vient officiellement relancer en la transformant en un méga-scandale de corruption.

Oui, hier jeudi, le tribunal de Bir Mourad Rais a commencé les auditions en mettant en examen plusieurs anciens et actuels hauts responsables de Sonatrach. Dans la nuit du jeudi au vendredi, ce tribunal a incarcéré un premier haut cadre de Sonatrach : Ahmed Mazighi, l’ancien vice-président de Sonatrach en charge de la commercialisation. Ce dirigeant de Sonatrach a été incarcéré officiellement parce qu’il est accusé d’être impliqué dans des opérations de dilapidations et de gaspillages de deniers publics ainsi que d’octroi d’indus avantages ! Les accusations portent sur les conditions d’acquisition de la raffinerie Augusta par Sonatrach auprès du géant américain EXXONMOBIL.

À Wall Street, Exxon Mobil pèse plus de 359,7 milliards de dollars, soit presque 4 fois le PIB de toute l’Algérie. Le géant américain a-t-il besoin d’un indu avantage de la part d’un certain Ahmed Mazighi ? C’est totalement ridicule. Oui, en ce moment la raffinerie d’Augusta perd de l’argent, beaucoup d’argent. Oui en 2019, Sonatrach a perdu plus de 500 millions de dollars pour renflouer les caisses de cette immense raffinerie sicilienne. Mais ce sont de graves erreurs de gestion qui s’expliquent par l’incompétence des dirigeants de Sonatrach. De quelle corruption s’agit-il dans cette affaire ? Il n’y a ni pots-de-vin ni détournements de l’argent public, juste une très mauvaise utilisation des fonds de Sonatrach faute d’une stratégie de gouvernance de la part de ses PDG successifs.

Mais de là à dire que l’affaire d’Augusta est un scandale de corruption qui relève du pénal, c’est absolument absurde. Avant qu’elle ne soit rachetée par Sontrach en décembre 2018, le chiffre d’affaires moyen de la raffinerie d’Augusta était de 4,181 milliards de dollars américains (USD), son excédent brut d’exploitation (EBE) moyen était de 185 millions USD. La raffinerie n’était donc pas en faillite ni menacée de fermeture.

Il est vrai que Sonatrach devait consentir à des investissements importants pour améliorer l’exploitation d’Augusta. Ce qui constitue le coeur de tout business. La décontamination de la partie polluée du site abritant la raffinerie, 20 hectares sur 360 hectares de sa superficie totale, devait coûter à Sonatrach 30 millions USD par an sur sept ans, soit un total de 210 millions USD.

Or, cette charge était incluse dans le modèle économique de valorisation de la raffinerie acquise par Sonatrach.  La projection de rentabilisation de l’investissement de Sonatrach tablait sur un cumul d’un cash-flow de 1,53 milliard USD sur la durée d’exploitation de la raffinerie dont le permis qui a été attribué à Sonatrach était d’une durée de douze ans, à savoir jusqu’à 2030.

Sonatrach tablait sur un résultat net moyen de 127,5 millions USD/an. Il était donc possible d’avoir théoriquement un retour sur un investissement sur 8 ans pour Sonatrach. Malheureusement, le 5e mandat brigué par Bouteflika, le Hirak et le coup d’Etat déguisé de Gaid Salah en avril 2019 ont provoqué des troubles politiques qui vont bousculer toute l’Algérie et Sonatrach en premier. Des changements en cascade, instabilité chronique, luttes de clans, etc., le projet Augusta sombrera dans la mauvaise gestion et finira par devenir un véritable gouffre financier pour Sonatrach.

Aujourd’hui, la justice algérienne s’invite dans ce dossier en jouant le rôle du moralisateur. En réalité, au regard du niveau bas de nos magistrats et leur totale méconnaissance de la chose économique, notre justice va criminaliser une affaire purement commerciale et économique qui nécessite du bon management et non pas des placements sous mandat de dépôt ou des incarcérations.

Avec ce traitement judiciaire en décalage avec les réalités économiques, la justice algérienne va noircir encore davantage l’image déjà très sombre de Sonatrach. A l’avenir, plus personne ne voudra signer des partenariats stratégiques avec Sonatrach ou réaliser des investissements majeurs en Algérie. Pourquoi ? Parce qu’aucun investisseur ne veut se retrouver sali par des accusations de corruption et des procès politiques totalement absurdes. Les investisseurs étrangers sont côtés en bourse et de telles affaires leur coûteront des pertes considérables. Après Sonatrach 1 et 2, de 2010 jusqu’à 2016, l’affaire Augusta finira par casser définitivement Sonatrach, le poumon économique du pays, à travers des cabales judiciaires politiques qui feront fuir à l’avenir tous les investisseurs internationaux. Quelle catastrophe pour l’avenir de l’économie algérienne…

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