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Raffinerie d’Alger : comment la direction générale de Sonatrach a menti et manipulé Tebboune

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Hier dimanche 29 juin, Abdelmadjid Tebboune a lâché une phrase qui a choqué de nombreux connaisseurs et experts du secteur de l’énergie en Algérie. Voila ce que dit exactement cette phrase :  “le président de la République a tenu à adresser ses félicitations aux travailleurs de la raffinerie de Sidi Rezine à Alger pour leurs efforts en remplacement des spécialistes étrangers dans le projet en cours pour la production d’hydrocarbures en quantités permettant l’exportation prochaine de l’excédent”.

Plus loin encore, et dans le même communiqué de ce Conseil des ministres, Tebboune parle “d’une position qui rappelle l’exploit historique des travailleurs et cadres de la Sonatrach qui ont su substituer les experts étrangers ayant tenté, par leur retrait, de provoquer l’arrêt de l’extraction du pétrole et du gaz et empêcher leur exportation, pour faire pression sur l’Algérie après la nationalisation de ses hydrocarbures en février 1971”.

A entendre ainsi le Président de la République, la raffinerie d’Alger constitue un exploit majeur de l’industrie pétrolière algérienne et le mérite revient ainsi totalement aux ouvriers de Sonatach. C’est beau. Trop beau pour être vrai ! Et pour cause, tout ce qui a été raconté dans le communiqué du Conseil des ministres n’a absolument aucun fondement. La raffinerie d’Alger n’est pas du tout fonctionnelle et souffre encore et toujours de plusieurs pannes techniques successives. Elle n’a jamais exploité son potentiel à 100 % et les étrangers, chinois et français, continuent d’assurer son suivi. Dans cette affaire, Tebboune a été entièrement manipulé par la direction générale de Sonatrach qui lui a totalement menti. Explications.

D’abord, il faut savoir que la raffinerie d’Alger située à Sidi Rezine, dans les environs de Baraki, est une très vieille infrastructure qui date de 1964. Dés sa construction, elle était dotée d’une capacité de traitement d’environ 3,645 millions tonnes/an. Or, cette raffinerie est presque à l’arrêt depuis…2010 date à laquelle les autorités algériennes ont lancé les travaux de sa réhabilitation. Et cette réhabilitation a duré près de 10 ans occasionnant ainsi des frais estimés aujourd’hui à 1,5 milliard de dollars. Ces travaux de réhabilitation ont, surtout, provoqué un scandale de dilapidation de deniers publics qui n’a jamais fait l’objet de la moindre enquête judiciaire en Algérie.

Et pour cause, la rénovation de la raffinerie d’Alger a été réalité un immense marché juteux qui a suscité toutes les convoitises. Tout a commencé en 2010 lorsque la société française Technip a été désignée comme attributaire du contrat EPC pour la réhabilitation de la raffinerie d’Alger. Technip était en concurrence avec le sociétés sud-coréennes Hyundai Engineering-Hyundai E&C, Samsung Engineering et GS Engineering & Construction. Le montant du contrat était de 67,8 milliards de dinars, soit 682 millions d’euros. Le projet a connu très rapidement d’énormes ralentissements et de grosses difficultés en raison d’un conflit qui a éclaté ouvertement entre Sonatrach et Technip.

En juin 2015 le projet est en suspens car la société française Technip s’était retirée du projet, après avoir vu sa demande de rallonge de 300 millions de dollars, indispensable pour achever les travaux. Sonatrach a refusé catégoriquement cette demande et les deux parties ont fini par divorcer. Profitant de cette confusion générale, Ali Haddad et les frères Kouninef exercent leur lobbying pour imposer aux autorités algériennes une autre société étrangère afin de terminer les travaux de la raffinerie d’Alger.

Les Haddad et Kouninef ont utilisé à l’époque le directeur de cabinet de l’ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal, Mustapha Karim Rahiel, pour influencer le gouvernement et l’orienter vers « leurs amis » chinois, à savoir  le groupe China Petroleum Engineering and Construction (CPECC) qui avait conclu le 6 novembre 2016 un contrat de 45 milliards de dinars (soit plus de 370 millions d’euros) portant sur la rénovation de la raffinerie de Sidi Rezine, au sud d’Alger. Il s’agissait de l’un des gros contrats gagnés par la Chine en Algérie et les oligarques algériens avaient joué un rôle déterminant pour avantager les chinois.

Les chinois exécutent leurs travaux et empochent leur argent. Le 21 février 2019, l’ex-PDG de Sonatrach, Abdelmoumen Ould Kaddour, inaugure la raffinerie d’Alger croyant savoir que l’Algérie va enfin profiter de ses installations rénovées dans le but de réduire les exportations du carburant depuis l’étranger.

Malheureusement, la surprise des Algériens fut énorme lorsqu’ils découvriront qu’ils ne peuvent pas faire fonctionner cette raffinerie en raison de plusieurs problèmes et défaillances techniques. Ces problèmes ont été provoqués essentiellement par incompatibilité des technologies chinoises et françaises qui ont été déployées par Technip avant d’abandonner le projet.  Jusqu’à aujourd’hui, ces problèmes techniques n’ont pas encore résolus et la raffinerie est restée à l’arrêt jusqu’à septembre 2019 !

Pour remédier à ce drame qui provoquait une véritable saignée de l’argent public puisque l’arrêt de cette raffinerie aggravait la facture, déjà très salée, de l’importation à l’étranger des carburants par l’Algérie, Rachid Hachichi, l’ex-PDG de Sonatrach, a été contraint de rappeler les français de Technip. Ces derniers envoient à Alger les cadres de l’une des branches spécialisées en ingénierie pour reprendre le suivi et la maintenance des installations de la raffinerie d’Alger.

Vers la fin de l’année 2019, la raffinerie d’Alger a pu enfin redémarrer ! Et il faudra attendre février 2020 pour que la production atteigne à peine la capacité de 900 mille tonnes de carburants par an ! Une réalisation totalement dérisoire cette raffinerie devait ainsi voir sa capacité de production en gasoil passer de 737.000 tonnes/an à 1,18 million de tonnes/an, sa capacité de production d’essence passer de 400.000 t/an actuellement à 1,3 Mt et celle du GPL de 88.700 t/an à 270.000 t/an. Les capacités de stockage de carburants devaient  à leur tour augmenter de 73%. Aucun de ces objectifs n’a été atteints et les ingénieurs chinois et français continuent d’intervenir sur les installations de la raffinerie d’Alger afin de réparer les derniers couacs.  Preuve en est, l’unité RFCC (residual fluid catalytic cracking) pour la conversion du fuel-oil en essence et gasoil (cracking d’un million de tonnes de fuel par an), n’a toujours pas été réceptionnée ni lancée. Les chinois assurent toujours les travaux et peinent à avancer dans ce chantier en raison de divers problèmes techniques.

Au final, ce projet se termine par un flop car jusqu’à aujourd’hui, à savoir à la fin du mois de juin 2020, la raffinerie d’Alger n’a jamais produit les 1,3 millions de tonnes d’essence et 1,2 millions de tonnes de gasoil, ainsi que d’autres produits raffinés comme le kérosène. Elle n’a jamais pu assurer la la couverture des besoins en essence à 95% de la région centre du pays comme le prévoyait la Sonatrach dans son tableau des objectifs. 1,5 milliards pour produire à peine 900 mille tonnes de divers carburants, c’est l’investissement le plus contre-productif dans l’histoire de l’industrie pétrolière. Mais Sonatrach a caché toutes ses vérités à la Présidence de la République. Le PDG, Toufik Hakkar, et ses plus proches collaborateurs, ont adressé un rapport totalement fallacieux qui n’explique nullement ses dysfonctionnements ni les pertes financières occasionnées au pays.

Le ministère de l’Energie n’a pas fait son travail de vérification et a validé ce rapport mensonger qui est passé comme une lettre à la poste pour monter jusqu’au Conseil des ministreS. Par naïveté, Tebboune est tombé dans le piège et a fait des déclarations infondées en plein Conseil des ministres. Le comble du ridicule…

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