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Pourquoi le BAC est devenu une épreuve inutile et sans valeur en Algérie

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En Algérie, les épreuves du baccalauréat 2020 ont commencé ce dimanche matin à travers l’ensemble de toutes les régions du pays. De dimanche jusqu’à jeudi prochain, de 8 H 30 jusqu’à 16 H 00, l’Algérie va couper son internet, paralyser ses entreprises et réduire les interactions sociales pour veiller sur le bon déroulement des épreuves d’un examen caduque qui remonte à… plus de 200 ans et dont la fiabilité ainsi que l’utilité sont plus que jamais au coeur d’un vif débat scientifique où de très nombreux pédagogues suggèrent fortement de nouvelles réformes pour moderniser cet examen qui permet aux lycéens d’accéder à l’enseignement supérieur. 

Le Bac est, d’abord, une invention purement française qui date de plus de 200 ans. C’est le célèbre Napoléon qui en 1808 a instauré le baccalauréat tel qu’il existe encore aujourd’hui. En 1809 se déroule la première édition du bachot (ancienne appellation du bac) uniquement composé d’épreuves orales. 31 candidats obtiennent le diplôme. 20 ans plus tard, les premières épreuves écrites apparaissent : cependant, toujours pas de notes en vue. Les admis obtiennent des mentions, allant de très bien à mal (nul besoin de préciser qu’indiquer un « bac mention mal » n’était pas très bien vu sur un CV). Il faudra attendre jusqu’en 1890 pour que la France se dote d’un système de notation allant de 0 à 20 points.

Et depuis, les pays ayant été colonisés par la France ont repris massivement la version du bac français pour déterminer la réussite  scolaire et les critères de l’accès aux universités, à savoir l’enseignement supérieur. L’Algérie a emprunté cette voie. Le baccalauréat algérien a été créé par le décret n° 63-495 du 31 décembre 1963. A l’origine, le baccalauréat de l’enseignement secondaire comporte un examen probatoire et un examen dit examen du baccalauréat. Dans ses principes, sa forme et son organisation l’arrêté est une fidèle copie du baccalauréat français.

Mais si la France est une puissance universelle et son système d’enseignement est parmi les meilleurs au monde en dépit de plusieurs insuffisances décriées par les français, l’Algérie n’a pas réussi à s’offrir un bon système d’enseignement car on ne devient pas un pays développé et puissant en copiant bêtement les exploits des autres. A chaque pays, chaque région, chaque société, il y a des spécificités qu’il faut prendre en compte pour bâtir un système éducatif performant.

Une pâle copie française 

Aujourd’hui, en 2020, à la lumière des résultats sur le terrain de l’éducation algérienne, il apparaît clairement que le maintien du baccalauréat dans sa forme actuelle n’a plus aucun sens. Pourquoi ? Parce qu’avant même d’arriver jusqu’en terminale, les élèves algériens sont formatés par un système éducatif totalement inefficace et médiocre.

En 2015,  un rapport international établi alors du Forum économique mondial de Davos (Suisse), a évalué sévèrement le niveau de l’éducation primaire en Algérie. Il est classé, pour l’année 2015/2016, parmi les 25 plus mauvais systèmes dans le monde !

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce mauvais classement. Un élément positif d’abord: le taux de scolarisation, plutôt élevé en Algérie, peut expliquer les déficiences d’un système qui offre à tous les enfants, quels que soient leurs milieux sociaux, un accès gratuit à l’éducation. Les chiffres montrent donc que, si l’Algérie se classe à la 115ème place (sur 140 pays évalués) dans la catégorie « qualité de l’éducation primaire », elle se classe, en revanche, à la 36ème place pour ce qui est du taux de scolarisation des jeunes (établi à 97.3%), une position tout à fait honorable.

Le rapport amène à relativiser cette mise en perspective. Comme le souligne effectivement une étude citée par le document, entreprise par les chercheurs Hanushek et Kimko en 2000, c’est principalement la qualité d’un système éducatif qui peut avoir un impact conséquent sur la croissance économique. Car il faut relever que ce rapport se préoccupe avant tout de l’impact économique de tous ces facteurs. Au-delà de la dimension morale politique, et l’ambition d’un peuple éclairé, capable de se gouverner, de choisir ses représentants, de se soulever, de s’indigner, de s’émanciper, c’est simplement la relation entre croissance économique et niveau éducatif que souligne le rapport du forum de Davos.

Evidemment, une main-d’œuvre mieux qualifiée sera plus efficace au travail, et l’économie sera plus compétitive. Mais surtout, de jeunes gens qui savent parfaitement lire, écrire, compter, comprendre, synthétiser, seront plus à même de faciliter le transfert de savoirs « sur de nouvelles informations, produits et technologies créées par d’autres ». L’éducation primaire, qui est la base fondamentale de la poursuite des études secondaires et tertiaires, doit pouvoir être un facteur de créativité, capable « d’augmenter la capacité du pays à créer du nouveau savoir, de nouveaux produits et de nouvelles technologies ».

On retrouve des chiffres et des tendances similaires pour ce qui est des niveaux secondaires et tertiaires. Les taux de scolarisation restent relativement élevés, même si le niveau du tertiaire est un peu plus en retrait (à la 76ème place du classement, alors que le taux pour le secondaire se situe à la 46ème place), mais la qualité de ces niveaux pêche autant que celle de l’éducation primaire. Le rapport classe la qualité générale du système éducatif à la 91ème place, avec un score de 3.3 (sur 7), et la qualité de l’enseignement des sciences et des mathématiques à la 105ème place, avec le même score.

Comment expliquer ces scores médiocres ?

L’école algérienne, soulignent les nombreux experts à l’origine de ce rapport du forum économique mondial, manque toujours d’un enseignement innovant et créatif, adapté aux besoins du 21ème siècle. Les débats actuels sur l’éducation montrent que les jeunes élèves ne doivent pas seulement apprendre un savoir et un contenu, mais ils doivent acquérir les outils qui leur permettront de penser de manière critique et créative. Dans cette perspective, la recherche actuelle révèle combien il est important d’associer aux disciplines classiques des enseignements artistiques et corporels, que ce soit grâce à la musique, aux relations interpersonnelles, au contrôle du corps grâce à la danse ou au théâtre, etc.

Ces carences expliquent en grande partie pourquoi l’Algérie dispose encore d’un système éducatif très faible et réalisant des performances dérisoires. C’est certainement pour cette raison que les autorités algériennes ne participent pas au programme PISA, à savoir le programme international pour le suivi des acquis des élèves. Il s’agit de la plus grande étude internationale auprès d’élèves dans le domaine de l’éducation. Pilotée parL’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) une organisation internationale d’études économiques, dont les pays membres — des pays développés pour la plupart — ont en commun un système de gouvernement démocratique et une économie de marché, PISA mesure l’efficacité des systèmes éducatifs. L’objectif est de comparer les performances des élèves issus de différents environnements d’apprentissage pour comprendre ce qui les prépare le mieux à leur vie d’adulte.

En clair, l’enquête PISA menée par l’OCDE évalue les connaissances et les compétences des jeunes âgés de 15 ans. En 2018, ce sont 32 millions d’élèves dans 79 pays différents qui ont été concernés. Les questions portent sur la compréhension écrite, les sciences et les mathématiques. L’Algérie a refusé de se mesurer aux pays les pays les plus développés pour relever les déficiences et carences de ses élèves. En 2018, le Maroc a accepté cet exercice très difficile pour identifier les retards concrets de son sytème éducatif.

L’Algérie avait participé à l’enquête PISA de 2015 où elle s’est classée  69e sur 70 pays minutieusement étudiés par le classement PISA, une référence mondiale pour l’évaluation de la qualité de l’enseignement scolaire. En 2015, le petit Kosovo avait fait mieux que notre pays et seul la République dominicaine avait fait pire que nous. L’enquête PISA 2015 nous apprend que nos élèves accusent de graves déficiences concernant les mathématiques et la compréhension de l’écrit. Nos élèves font partie des plus faibles dans le monde dans ces deux matières. “En Algérie, au Kosovo, au Liban et en République dominicaine, moins d’un adolescent de 15 ans sur quatre parvient à atteindre le niveau 2 de l’échelle PISA (allant jusqu’à 6)”, explique clairement cette enquête pédagogique. Ainsi, en compréhension de l’écrit, “en Algérie et au Kosovo, moins d’un élève sur quatre se situe au moins au niveau 2”.

En mathématiques, “plus de 90 % des élèves se situent sous le niveau 3 en Algérie, au Kosovo, en République dominicaine et en Tunisie”. Des résultats catastrophiques qui renseignent sur le degré de décadence de notre école. Le classement PISA prouve également que notre système scolaire ne parvient pas à amener tous nos élèves “à acquérir les compétences élémentaires en compréhension de l’écrit qui leur permettront de continuer à apprendre et de participer à la vie des sociétés fondées sur le savoir”. C’est une conclusion terrifiante. Mais les autorités algériennes n’ont jamais pris le soin de tirer les conclusions et amorcer le changement pour moderniser l’école algérienne. Oui de nombreuses déclarations d’intention ont été faites lorsque Nouria Benghabrit fut ministre de l’Éducation nationale du 5 mai 2014 au 31 mars 2019. Mais dans le terrain, très peu d’actions concrètes ont été menées en raison des grèves, les conflits idéologiques et les tensions politiques importées dans les espaces de l’éducation nationale.

En conclusion, l’Algérie ne peut pas continuer à imiter un grand pays comme la France qu’elle a une école aux performances très faibles. Tout ce tintamarre pour le bac en Algérie n’a absolument aucune valeur scientifique car la qualité pédagogique ces épreuves est loin, très loin de correspondre aux normes de la modernité et ou du développement technologique.

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