Pourquoi l’adjudant-chef à la retraite Guermit Bounouira et pas le général Belkecir ?

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Les autorités algériennes ont confirmé officiellement ce dimanche 2 août l’information rapportée et révélée en premier lieu par Algérie Part jeudi dernier concernant l’extradition vers l’Algérie de l’ancien secrétaire particulier du défunt Chef d’Etat-Major de l’ANP, Ahmed Gaid Salah, à savoir l’adjudant-chef à la retraite Guermit Bounouira. Comme il a été expliqué par Algérie Part, Bounouira a été arrêté et extradé depuis la Turquie vers l’Algérie.

Ce dimanche, l’agence de presse officielle l’APS cite un communiqué des services de sécurité dans lequel il est expliqué sur “ordre du président de la République, Chef suprême des Forces armées, ministre de la Défense nationale, et en coordination entre nos services de sécurité et les services de sécurité turcs, l’adjudant-chef à la retraite Guermit Bounouira, qui avait fui le pays, a été remis jeudi aux autorités. Il comparaîtra devant le juge d’instruction militaire lundi, précise ainsi ce communiqué cité par l’APS.

L’affaire est digne d’une série turque à suspense. Guermit Bounouira a fui l’Algérie en janvier 2020 juste après la mort d’Ahmed Gaid Salah. Or, il a quitté le territoire national le plus normalement du monde via l’aéroport international d’Alger. Selon nos sources, Bounouira a quitté directement Alger vers Istanbul en Turquie. D’autres sources ont affirmé qu’il s’était rendu, d’abord, à Dubai aux Emirats Arabes-Unis. Ensuite, il aurait décidé de regagner la Turquie. Cette thèse n’a jamais été démontrée et d’autres sources concordantes affirment que Bounouira est parti directement en Turquie. Même le départ de Bounouira ne fait pas l’unanimité puisque d’autres sources assurent qu’il aurait quitté l’Algérie à partir du début du mois de mars dernier. Malheureusement, nous n’avons aucun moyen de confirmer une version au détriment d’une autre.

Un mystère entier entoure cette affaire digne d’un film d’espionnage. Oui, un véritable film d’espionnage parce qu’après avoir quitté Alger, Guermit Bounouira s’est retrouvé en Turquie pisté et surveillé à la fois par des agents des services algériens et des agents des services turcs. Là encore, de nombreux romans ont été racontés sur les agissements et comportement suspect de l’ex-secrétaire particulier du défunt Ahmed Gaid Salah. Certaines sources l’accusent d’avoir collaboré avec les services secrets turcs pour leur donner des informations confidentielles et compromettantes sur l’institution militaire algérienne. D’autres sources vont jusqu’à accuser Bounouira d’avoir marchandé “ses informations précieuses” et des “documents accablants” qu’il aurait emmené avec lui dans sa fuite organisée avec des opposants islamistes hostiles au régime algérien.

Là encore, il est impossible de confirmer ou d’infirmer toutes ces versions. En revanche, nous avons pu confirmer une seule information : pour quitter le territoire national, Guermit Bounouira a obtenu l’autorisation du ministère de la Défense nationale grâce aux interventions de l’ex-patron de la DGSI, des services secrets algériens, Wassini Bouazza et général-major Abdelkader Lachkhem, l’ancien chef de Département des Transmissions, Systèmes au niveau du ministère de la Défense Nationale. Selon nos investigations, Guermit Bounouira a le statut d’un officier des Transmissions même lorsqu’il était détaché au niveau du cabinet d’Ahmed Gaid Salah. Le général-major Abdelkader Lachkhem est celui qui a délivré les autorisations nécessaires à la sortie du territoire national de Bounouira. Une sortie qui a été savamment orchestrée et dans la discrétion la plus entretenue par Wassini Bouazza. Mais pourquoi organiser la “fuite” de l’ex-secrétaire particulier de Gaid Salah ? Parce qu’il détenait des dossiers et des informations qui peuvent compromettre définitivement le nouveau pouvoir qui était en train de se mettre en place à la suite de la disparition du défunt Ahmed Gaid Salah. Depuis l’étranger, Wassini Bouazza et Lachkhem espéraient-ils utiliser ses fameux dossiers pour abattre des adversaires qui menaçaient leur pouvoir étendu et influence malsaine sur l’Etat algérien ? Fort probable, nous assurent de nombreuses sources.

Mais, encore une fois, la vérité est complexe car c’est une affaire qui touche le fonctionnement secret de l’institution militaire algérienne. Quoi qu’il en soit, désormais, le véritable enjeu de cette affaire est ailleurs. Si l’Algérie a pu obtenir l’extradition de Bounouira, pourquoi elle n’a jamais pu obtenir l’extradition de plusieurs autres hauts gradés et personnalités faisant l’objet de plusieurs scandales de corruption comme le général Ghali Belkecir, l’ex-commandant de la gendarmerie nationale en fuite en Europe depuis le mois d’août 2019.

Pendant que l’Algérie se débat dans une crise multidimensionnelle qui s’éternise, le sulfureux général Ghali Belkecir, l’ex-patron de la gendarmerie nationale algérienne, et l’un des hommes les plus corrompus de l’institution militaire algérienne dont le nom est évoqué dans plusieurs dossiers de corruption, profite du luxe de l’exil à Dubai, Paris et Malaga en Espagne.

En effet, Algérie Part a pu confirmer le 9 avril dernier que le général Ghali Belkecir a pu quitter le sud de l’Espagne pour rejoindre Dubai où il séjourne depuis plusieurs semaines. Et depuis, le général Belkecir a pu regagner l’Europe notamment l’Espagne où il réside tranquillement pour fuir les regards indiscrets. Le général Ghali Belkecir profite de la fortune qu’il a pu amasser en Algérie pour entretenir son train de vie… à l’étranger.

Selon nos investigations, il n’est pas officiellement propriétaire d’un logement ou bien immobilier à Dubai comme à Paris ou Malaga. Mais le général Belkecir possède la-bas tout un réseau qui met à sa disposition des appartements et des logements pour les besoins de son séjour. Selon nos investigations, plusieurs hommes d’affaires et fortunes algériennes sont en ce moment en cachette à Dubai. Et parmi ces richissimes personnes, nous retrouvons le promoteur immobilier Djamel Oulhadj, l’un des richissimes promoteurs algériens et patron de plusieurs sociétés immobilières à l’origine de construction de nombreuses résidences luxueuses et cités résidentielles.

Parmi ces entreprises immobilières, on peut citer la EURL PROMO IMMO BAT OULHADJ ou la SARL SOPROFORT. Ce milliardaire détient également des participations dans une vingtaine d’autres entreprises spécialisées dans plusieurs secteurs comme le médicament ou l’agriculture En plus de sa richesse et son aisance financière, le promoteur Djamel Oulhadj jouissait d’un atout de poids : il faisait partie des amis les plus intimes de Said Bouteflika, le frère du président Bouteflika et le véritable détenteur du pouvoir en Algérie depuis 2014. Avec Amine Djerbou, sur lequel Algérie Part a publié récemment toute une enquête fouillée, Djamel Oulhadj était l’un des rares oligarques algériens qui pouvaient entrer aisément à la résidence présidentielle de Zéralda. Et Said Bouteflika se rendait régulièrement dans les deux villas prestigieuses de Djamel Oulhadj à Belota, dans les environs de Zéralda, ou le chemin des Glycines à Alger.

A Dubai, Djamel Oulhadj a entretenu son ex-protecteur le général Ghali Belkecir qui lui a permis de fuir l’Algérie pour échapper au “Mendjel” de la justice algérienne et à la traque des acteurs du clan présidentiel des Bouteflika.

Cependant, nous avons pu confirmer au cours de nos investigations que le général Belkecir possède des avoirs bancaires à Dubai et il cache une partie de son argent au niveau d’une grosse banque émiratie, à savoir la NBD Bank PJSC. On ignore, pour le moment, les montants exacts et précis dissimulés par le général Ghali Belkecir dans cette banque à Dubai, mais Algérie Part poursuit ses investigations pour identifier ces sommes en devises détournées et volées en Algérie par le général Ghali Belkecir grâce à son poste à la tête de la gendarmerie nationale algérienne et sa longue carrière au sein de ce corps de sécurité.

Signalons enfin que le général Ghali Belkecir n’a pas fui l’Algérie uniquement avec de “l’argent dans ses valises”. L’ex-patron de la gendarmerie nationale a pris avec lui tout un disque dur qui contient des preuves accablantes, des dossiers délicats et il s’agit, entre autre, des images enregistrées par les caméras de surveillance des locaux du milliardaire Kamel Chikhi, alias le “Boucher”, le principal suspect dans le scandale de la cocaine du Port d’Oran, emprisonné depuis l’été 2018 à El-Harrach. Ces images secrètes dévoilent les identités de plusieurs hauts gradés de l’armée algérienne et de plusieurs personnalités politiques qui “dealaient” avec le milliardaire et promoteur Kamel le Boucher. Sur ces images, on peut apercevoir plusieurs généraux comme le général-major Mokdad Benziane, le directeur des ressources humaines au sein du ministère de la Défense nationale, ou le fils d’un certain Abdelmadjid Tebboune, Khaled Tebboune.

Avec ce disque dur, le général Ghali Belkecir exerce un véritable chantage à l’encontre de la justice militaire et des actuels dirigeants du pouvoir algérien. Récemment, le général Ghali Belkecir a fait parvenir un message clair : si vous lancez le moindre mandat d’arrêt contre ma personne, je déballe toutes les images et fichiers de mon disque dur…

Ghali Belkecir peut donc continuer de cavaler en liberté. Mais jusqu’à quand ? Si les autorités algériennes ont pu négocier une belle prise avec la Turquie, pourquoi elle ne serait pas capable d’échanger avec la France ou l’Espagne pour obtenir l’extradition du général Belkecir ? Ce dernier a donc tout le loisir de “marchander” les informations sensibles sur les institutions sécuritaires de l’Algérie avec les services étrangers pour obtenir un refuge douillet. L’Algérie qui s’est montrée intraitable dans le dossier Bounouira a fait preuve d’une négligence inouïe, voire d’une passivité intrigante face au cas de Belkecir ? Pourquoi ? Parce que l’extradition de Belkecir n’arrange pas encore certains décideurs actuels du régime algérien. Pour l’heure, le régime algérien peut s’offrir uniquement un adjudant-chef. Il n’est pas encore « fort » pour s’attaquer à… “un général” !