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L’inquiétante mauvaise exploitation des pipelines de Sonatrach : risque élevé d’explosion et de déversement des hydrocarbures dans la nature

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L’actuel réseau de canalisations de Sonatrach suscite en ce moment de très vives inquiétudes et de nombreux cadres dirigeants de la compagnie nationale des hydrocarbures ne cessent de tirer la sonnette d’alarme sur l’actuelle très mauvaise gestion de ces infrastructures très sensibles qui transportent chaque année des millions de tonnes d’hydrocarbures. 

Une mauvaise gestion a provoqué un criant défaut de maintenance et un manque de vigilance accru au sein de la direction générale de Sonatrach. C’est ce qui explique pourquoi ce jeudi 15 octobre, un autre pipeline a éclaté dans la région de Touggourt provoquant le déversement et les fuites dans la nature d’une quantité considérable de pétrole et ce depuis 6 H du matin ! Cet incendie est encore plus dangereux et délicat que celui survenu le 3 septembre dernier dans la région d’El-Oud au niveau du tube Ok1 reliant le bassin rouge (Hassi Messaoud) et Skikda.

Cette fois-ci, l’incident s’est produit au niveau du plus important et ancien pipeline en Algérie, à savoir l’oléoduc  réalisée 1959 OB1  long de 668 km et de 24″/22″ de diamètre
qui relia Haoud El Hamra, à 30 KM au nord de Hassi Messaoud, à Bejaia. C’est effectivement le premier pipeline réalisé en Algérie et ce bien avant l’indépendance du pays. Son âge très avancé explique pourquoi ce pipeline est exposé aux divers risques de l’usure. Mais contrairement à l’incident d’El-Oued du 3 septembre dernier, Sonatrach ne peut aucunement invoquer l’excuse des conditions météorologiques. Jusqu’à cette heure-ci, la direction générale de Sonatrach n’a pas encore rendu public ou commenté ce sinistre évènement dont on ignore encore les dégâts environnementaux et financiers.

Mais une chose est sûre : c’est un défaut de maintenance qui est à l’origine de l’éclatement du pipeline OB1 au niveau de la région de Touggourt. Au regard de l’ancienneté de ce pipeline, Sonatrach devait le protéger contre les corrosions qui fragilisent un pipeline et favorisent son éclatement. Pour éviter un tel risque dangereux, il faut injecter ce qu’on appelle des inhibiteurs de corrosion, à savoir des produits chimiques qui préviennent la corrosion.

Par ailleurs, un pipeline a besoin d’une protection cathodique. La protection cathodique est une technique qui permet de maîtriser la corrosion d’une surface en métal en utilisant une autre pièce en métal pour éloigner la corrosion d’une canalisation grâce à l’utilisation d’un courant électrique très précisément calibré. Mais ces travaux de maintenance doivent être accomplis à la suite d’une inspection minutieuse du pipeline afin de détecter la moindre anomalie qui peut provoquer un incendie ou un éclatement. Si ces inspections ne sont pas régulièrement menées et correctement accomplies, la longue vie et la conformité des pipelines aux normes de sécurité ne sont plus garanties exposant ainsi l’environnement et la santé de la population des régions traversées par ces canalisations des hydrocarbures à des périls majeurs.

Selon nos sources, les équipes de la division Transport par Canalisations (TRC) n’ont pas été vigilantes et n’ont pas accompli ce travail minutieux pour protéger ces structures sensibles contre les risques élevés d’explosion et d’éclatement.  C’est visiblement ce qui s’est produit avec le pipeline OB1 dans la région de Touggourt. Nous sommes clairement devant un cas flagrant de mauvaise exploitation et de manquement à la réglementation de sécurité et de maintenance des canalisations transportant les hydrocarbures depuis les gisements du sud vers les centres de raffinage ou de production de produis pétroliers au nord du pays.

Cette mauvaise exploitation s’explique essentiellement par les mauvaises nominations au sein de la direction générale de Sonatrach notamment à la tête de la division TRC qui gère, tenez-vous bien, un réseau de canalisations d’une longueur de 19 623 km ! Ce réseau comprend  4 973 km pour le transport du pétrole brut, 9 677 Km pour le transport du gaz naturel,  1 718 Km pour le transport de condensat et 3 255 Km pour le transport de GPL.

C’est également la division TRC de Sonatrach qui doit s’occuper de la surveillance et maintenance des 3 gazoducs destinés à l’exportation du Gaz Naturel : le  GEM réalisé en 1996 qui relie l’Algérie à l’Italie, via la Tunisie, le  GPDF réalisé en 1983  qui relie l’Algérie à l’Espagne, via le Maroc, et enfin le MEDGAZ lancé en 2011 qui relie également l’Algérie à l’Espagne.

Les incidents de la fuite de pétrole au niveau du tube Ok1, dans la région de Baaj (W d’El Oued), et l’éclatement du pipeline OB1 au niveau de la région de Touggourt confirme enfin que l’activité TRC est entre de très mauvaises mains. Une vérité que la rédaction d’Algérie Part n’a pas cessé dénoncer au cours de plusieurs investigations. Nous avons été, et nous sommes toujours, le seul média algérien qui explique régulièrement les dangers de l’amateurisme actuel de la direction générale de Sonatrach.

Depuis le 30 mars dernier,  l’activité de TRC est dirigé par un certain Amine Melaika, un cadre dirigeant de Sonatrach dont le parcours et les compétences n’ont strictement aucune relation avec les enjeux du secteur TRC ! Le  8 mai 2020, Algérie Part avait prévenu contre les dangereuses conséquences de la nomination d’Amine Melaika à la tête de l’activité TRC de Sonatrach. Et pour cause, cette nomination relève d’un amateurisme indigne d’une compagnie comme Sonatrach dont le rigueur professionnelle doit toujours être de mise dans la gestion de plusieurs chantiers sensibles dans le secteur des hydrocarbures, le seul secteur pourvoyeur de devises pour l’Algérie.

L’activité TRC est un département stratégique de Sonatrach a pour missions de développer le réseau d’infrastructures de Transport par Canalisations, de Stockage, de Chargement et Déchargement à travers les infrastructures portuaires à quai et en haute mer. L’activité TRC a également pour mission d’assurer le transport des hydrocarbures depuis les pôles de production au sud vers les pôles de demande et de transformation au nord (marché national et exportation).

Les champs d’action de cette direction de Sonatrach l’exploitation des ouvrages de transport des hydrocarbures et des installations portuaires à quai et en haute mer, la maintenance des ouvrages de transport des hydrocarbures et des installations de chargement portuaires à quai et en haute mer, les études et développement, à l’exception des études relevant de la Direction Corporate Business Development et Marketing (BDM) et la réalisation de projets relevant de la Direction Centrale Engineering et Project Management.

Ces missions exigent un background, un parcours et des formations spécifiques compte tenu des spécificités techniques de ce secteur clé des hydrocarbures.  Or, monsieur MELAIKA Amine est uniquement titulaire d’une licence en sciences économique- option gestion de l’Université d’Alger. Il est, certes, également titulaire d’une Post-Graduation spécialisée en audit interne de l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales (EHEC) et d’un Executive Master Business Administration (EMBA) de l’Ecole Supérieure Algérienne des Affaires « ESAA » en consortium avec HEC/Paris.

Mais sa formation n’a strictement aucun lien avec la production et le transport des hydrocarbures, des domaines purement technique totalement différent du secteur de l’audit ou de la gestion dans lequel est spécialisé le nouveau Vice-Président de Sonatrach.

En plus, le dernier poste de Melaika Amine est responsable de l’audit en charge des Méthodes du Développement et du Reporting au niveau de la Direction Générale de SONATRACH. Il était égalementDirecteur Général du Holding Services Pétroliers & Parapétroliers (SPP) en charge du portefeuille des Filiales (ENTP, ENAFOR, ENSP,
ENAGEO, GCB, ENGTP, ENAC, SAFIR) et des joint-ventures « Schlumberger, General Electric (GE), Baker Hughes, Haliburton, etc.

C’est donc un pur gestionnaire et auditeur dont la formation et le métier est de gérer des administrations ou de contrôler les dépenses ainsi que les états financiers d’une société. Malheureusement, les activités purement techniques du réseau de transport des hydrocarbures de leur stockage ne relèvent pas du tout des compétences de Melaika Amine. Comment peut-il ainsi diriger et veiller sur le bon fonctionnement d’un département aussi sensible s’il n’a pas la moindre idée sur sa spécificité ? Le drame qui s’est produit le 3 septembre dernier  dans la wilaya d’El-Oued et l’incident d’aujourd’hui jeudi 15 octobre dans la région de Touggourt nous font parvenir une belle réponse à cette interrogation lancinante.

 

 

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