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Le paiement mobile, la solution qui aurait pu permettre à l’Algérie de ne pas subir la crise des liquidités

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Une énorme crise de liquidité est en train de paralyser l’ensemble de l’Algérie depuis plusieurs semaines, voire depuis le début de la crise sanitaire du COVID-19. Cette pénurie des liquidités a pris une dimension alarmante depuis le début de ce mois de juillet où les bureaux de Poste en Algérie abritent chaque jour des longues filles d’attente, voire des scènes de bousculades qui soulèvent l’indignation générale des Algériens. 

Face à ce problème, les autorités algériennes ont annoncé qu’elles ont déployé tout un dispositif pour soulager les souffrances des Algériens. Ce mercredi matin, le directeur général d’Algérie Poste, Abdelkrim Dahmani a fait savoir sur les ondes de la Radio Chaîne III qu’un travail colossal a été fait « pour mobiliser le maximum de liquidité afin de répondre aux besoins de notre clientèle ».

Pour parvenir à régler, au plus vite ce problème, le DG d’Algérie Poste fait savoir qu’une cellule a été installée, sous la supervision du ministère de la tutelle, entre la banque d’Algérie et Algérie poste pour pouvoir alimenter les bureaux de postes en liquidités  suffisantes, et ce, au niveau national. « Nous avons installé aussi des cellules au niveau de chaque unité postale de wilaya », a-t-il ajouté. Il y a, donc, un travail de coordination entre la banque d’Algérie et Algérie poste, qui est entrain de se faire pour mettre fin à cette crise. Ce dispositif a déjà permis de mobiliser pour le mois de juin 285 milliards de dinars  des retraits au niveau de la banque d’Algérie, dit-il et aussi « a su mobiliser, au niveau d’encaissement et des virements au niveau des bureaux de postes, à hauteur 91 milliards de dinars ».

S’agissant des raisons principales de ce problème de manque de liquidité, le même haut responsable a avancé la baisse des retraits au niveau de la banque d’Algérie du principalement à la situation économique qu’a connu le pays.  « Cette baisse est à hauteur de 5 % pour le premier semestre 2020, mais elle a été de plus de 29 % durant le mois de mai dernier » explique-t-il.  Abdelkrim Dahmani a évoqué également la baisse de l’alimentation des bureaux de poste à travers les encaissements. « Quand on analyse les chiffres par rapport au premier semestre 2019 on constate qu’il y a aussi une baisse de 15 % d’alimentation des bureaux de poste en liquidité », a-t-il conclut.

Mais en 2020, est-il normal qu’un pays subisse encore une pénurie des liquidités alors que le monde entier utilise le numérique comme principal mode de paiement ? En vérité, la pénurie des liquidités trouve son origine dans le sous-développement criant de l’Algérie en matière d’économie numérique notamment en matière de paiement en ligne ou de paiement par mobile. Oui, ce dernier mode de paiement est, pourtant, très utile et avantageux et aurait pu permettre à l’Algérie de ne pas subir de plein fouet l’actuelle crise des liquidités.

Preuve en est, dans plusieurs autres pays africains ayant longtemps souffert le martyr de la crise des liquidités, le paiement a pu réduire la pression sur les liquidités. En effet, de nombreux pays africains on autorisé depuis des années les transactions (transferts d’argent ou paiement) entre particuliers et/ou entreprises à travers des applications sur smartphone, montres connectées ou tout autre support équivalent, soit entre elles, soit via un terminal de paiement adapté, le tout uniquement sur les territoires de leurs pays. Les personnes qui effectuent des transactions à travers ce vecteur ne sont pas nécessairement clients d’un même établissement bancaire.

Les pays de l’Afrique de l’Ouest ont tenté cette  solution qui était finalement totalement adaptée à leurs besoins. Avec près de 80% de personnes non bancarisées et un faible taux d’équipement en  Terminaux de paiement électronique (TPE) des commerçants, les transactions en “cash” ont pendant longtemps eu une place importante en Afrique de l’Ouest, que ce soit pour le paiement des factures d’électricité, le règlement des loyers ou l’achat d’un véhicule. Cependant, avec des billets aux valeurs faciales allant de 500 à 10.000 FCFA (de 0,75€ à 15€) et une rareté des petites coupures et pièces de monnaie, le rendu monnaie pose souvent problème. Que l’on soit résident ou touriste, en Côte d’Ivoire, Sénégal, Mali ou le Bénin, tout le monde connaît cette expression  « Y’a pas monnaie ».

Le manque de liquidité en fin de mois dans les distributeurs automatiques de billets (DAB) ou dans les banques était le problème numéro 1 de ces pays de l’Afrique de l’ouest. Les pays de l’Afrique de l’ouest ont voulu ainsi profiter d’un avantage de poids, celui du taux de pénétration des connexions (cartes SIM) qui s’élevait à 86% en 2018 avec une projection à 96% d’ici 2025. Le Burkina Faso, la Côte-d’Ivoire, le Sénégal ou le Bénin ont appris également de l’expérience du Kenya où en  2007, le succès de Safaricom (filiale kenyane du groupe Vodafone) à travers sa solution de Mobile Money M-Pesa a fait des émules.

Concrètement, avec les services basiques de Mobile Money, l’utilisateur peut créditer son téléphone, payer des factures, effectuer des paiements/virements entre particuliers ou commerçants/grandes enseignes. L’enrôlement est facilité : une pièce d’identité et un numéro de téléphone suffisent pour souscrire à la solution.

Facile et à la portée du grand nombre, le paiement mobile a rapidement explosé en quelques années dans plusieurs pays africains. Preuve en est, les transactions monétaires effectuées par mobile pèsent près de 10 milliards d’euros pour l’année 2018 en Côte d’Ivoire. Fin 2018, 54% de la population adulte du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Bénin et du Ghana utilisaient les services de monnaie électronique de façon active. On le voit bien le paiement mobile s’impose réellement comme une alternative durable aux méthodes traditionnelles de paiement – espèces, chèques et cartes bancaires.  Et cette alternative est en train de conquérir des pays développés, selon un sondage publié en 2019 et mené par le cabinet de conseil PWC, le paiement mobile commence à être utilisé largement dans les pays développés et dépasse même les autres modes de paiements dans certains pays comme la Turquie (65 %) et aux Pays-Bas (51 %).

Revenons en Afrique. Au Zimbabwe, en 2018, où l’économie faisait face à une crise de liquidité, le règlement des transactions via le mobile avait permis de maintenir les marchés actifs. Le gouvernement y prévoit aujourd’hui de pousser rapidement la régulation, afin de parvenir à l’interopérabilité des transactions de Mobile Money. Ainsi, il sera désormais facile de transférer de l’argent détenu chez l’opérateur X à une personne utilisant l’opérateur Y.

L’Algérie est en train de rater une véritable révolution qui permettrait enfin d’en finir avec cette dépendance accrue vis-à-vis du cash. Il est temps d’agir pour rattraper ces retards successifs et de soulager définitivement les infortunés algériens contraints de patienter des heures devant un bureau de Poste pour retirer un peu cash !

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