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Gaz de Schiste : pourquoi l’Algérie ne peut pas s’inspirer du modèle américain

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Les annonces faites mercredi soir par Abdelmadjid Tebboune, le nouveau Président de la République, ont suscité une vague d’indignation sur les réseaux sociaux en Algérie. Tebboune préconise clairement le lancement de l’exploitation et exploration du gaz de schiste pour sauver l’Algérie d’une « véritable catastrophe économique ». Ces mots ont choqué et divisé les Algériens car le gaz de schiste fait peur, très peur aux Algériens. Et ils ont bien raison car toutes les études scientifiques ont démontré sa nocivité pour l’environnement et la santé humaine. Or, Tebboune appelle les Algériens à s’inspirer du modèle américain, les Etats-Unis sont le premier producteur au monde du gaz de schiste. Peut-on réellement s’inspirer de ce modèle ? Absolument pas. Réponses et explications dans ce décryptage. 

D’abord, il faut reconnaître que grâce à l’exploitation des roches de schiste, la production de gaz et de pétrole américaine explose. Les Etats-Unis sont devenus en quelques années le premier producteur de gaz au monde avec 20% de la production totale de gaz. Les Etats-Unis sont suivis de près par la Russie (environ 18%) qui produit et commercialise le gaz conventionnel classique. Et après le gaz, les Etats-Unis ambitionnent de développer le pétrole de schiste pour s’imposer comme leader mondial aussi  et détrôner l’Arabie Saoudite ou la Russie. L’Energy Information Administration (EIA) table sur une moyenne de 12,45 millions de barils produits par jour en 2019 et 13,38 en 2020. Les Etats-Unis ont accéléré depuis une quinzaine d’années l’exploration et exploitation du gaz de schiste pour une seule considération : s’émanciper de la dépendance des importations du pétrole et du gaz et répondre aux besoins stratégiques de son industrie interne. A ce titre, l’EIA prédit que le pétrole et le gaz de schiste fourniront encore la moitié des ressources énergétiques en 2050.

A partir de 2007, l’exploitation du gaz de schiste va commencer intensivement au Texas, en Louisiane, en Pennsylvanie, dans l’Arkansas ou encore dans l’Oklahoma. Le gaz de schiste représente désormais plus de 20 % de la production américaine de gaz naturel, qui a elle-même grimpé de 30 % sur cette période, selon les données de l’Agence américaine d’information sur l’énergie. Cette ruée s’explique par une donnée stratégique : la nécessité de sortir de la dépendance du charbon et l’explosion de la demande intérieure américaine en gaz naturel. Sur le plan diplomatique, les Etats-Unis avaient peur des conséquences géostratégiques des vastes projets d’importation de gaz naturel liquéfié (GNL), en provenance de Russie.

Les Etats-Unis consommaient énormément de charbon et cette consommation provoquait des incidences graves sur l’environnement américain sans oublier que les Etats-Unis avaient peur pour leur réserves menacées par l’épuisement. Les scientifiques américains et les spécialistes de l’énergie influencent ainsi les décideurs américains qui cherchent des solutions. Et puisque le gaz émet deux fois moins de CO2 que le charbon, le choix est vite fait surtout qu’au milieu des années 2000, les avancées technologiques réalisées dans la fracturation de la roche et les forages horizontaux ont séduit les compagnies américaines et les dirigeants américains lesquels ont accordé leur feu vert pour se lancer dans l’aventure du gaz de schiste.

Malgré les débuts difficiles, les résultats sont impressionnants :le charbon représentait 50 % de l’électricité du pays contre seulement 30 % en 2016. Le gaz assure quant à lui 34 % de la production d’électricité et devrait encore progresser du fait des nouvelles réglementations sur la qualité de l’air, qui prévoit de fermer 60 GW de centrales charbon entre 2014 et 2020. Sur le plan industriel et énergétique ou économique, les Etats-Unis ont réussi leur pari. Mais leur situation n’a aucune ressemblance avec la situation de l’Algérie.

L’Algérie est un pays sous-développé qui n’a aucune industrie intérieure et exportatrice de produits à valeur ajoutée. Il n’y a aucune nécessité d’identifier une nouvelle source d’énergie pour alimenter les besoins des grosses unités industrielles. L’Algérie est l’un des pays les plus désindustrialisés du monde. Le secteur industriel représente actuellement 5% seulement du PIB. L’Algérie n’a donc pas besoin du gaz de schiste pour ses besoins économiques internes au regard de son sous-développement industriel.

En deuxième lieu, l’Algérie n’a aucune dépendance vis-à-vis du charbon pollueur et de plus en plus coûteux. Et pour couvrir ses besoins en électricité, l’Algérie étant le plus grand pays d’Afrique en superficie, elle dispose forcément d’un important potentiel en nappes albiennes (80 % du territoire algérien). La géothermie reste néanmoins sous exploitée en Algérie. Conscient de ce potentiel non négligeable, une entreprise tunisienne compte investir dans cette ‘mine d’or’. La géothermie ou ‘chaleur de la terre’ est un potentiel énergétique non exploité par l’Algérie, elle a l’intention d’y remédier. La géothermie se présente sous forme de réservoirs de vapeur, d’eaux chaudes ou de roches chaudes, destinée à différents emplois.

Lorsque le réservoir géothermique est à une température modérée, cette ressource est exploitée pour de la production de chaleur distribuée par un réseau de chaleur. Elle est destinée dans ce cas  au chauffage urbain. Lorsque la température du réservoir géothermique est plus élevée elle permet de produire de l’électricité. il est  aussi possible de l’exploiter dans le secteur agricole et c’est dans la production agricole que l’Algérie compte en profiter, dans l’agriculture saharienne plus exactement.

Et cause des dégâts environnementaux en pagaille : destruction des paysages, pollution des eaux, séismes locaux, voie migratoire des oiseaux chamboulée, émissions de méthane… On l’aura compris, rien qu’avec la géothermie, l’Algérie peut s’en sortir pour la production de l’électricité. Pas besoin donc pour le moment du gaz de schiste. Le modèle américain est donc inapplicable et totalement inadapté à la situation de l’Algérie, un pays largement sous-développé dont les besoins énergétiques n’ont aucune équivalence avec les immenses besoins de la grande puissance des Etats-Unis.

En plus, les Etats-Unis ont la puissance financière et économique pour supporter le coût environnemental de l’exploitation du gaz de schiste. Sur les terres agricoles, la perte est équivalente à 120,2 millions de boisseaux de blé, soit environ 6 % du blé produit en 2013 dans le Midwest américain.

Les Etats-Unis ont la capacité logistique de faire face à la pollution des eaux, engendrée par la technique utilisée depuis la fin des années 1990 pour extraire le pétrole et le gaz de schiste, appelée fracturation hydraulique (ou fracking). Une étude publiée dans Sciences Advances a conclu que les entreprises de forage ont utilisé 770 % d’eau supplémentaire par puits entre 2011 et 2016. Conséquence : une augmentation de 1 440 % d’eaux usées toxiques relâchées.

L’Algérie est un timbre de poste face aux Etats-Unis. Elle ne partage aucune réalité économique ou sociale avec l’Oncle Sam. Elle n’aura jamais ni les moyens ni les technologies nécessaires pour gérer les conséquences du gaz de schiste. Le modèle américain est donc inapplicable en Algérie.

 

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