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Erdogan prend beaucoup à Tebboune et donne presque rien à l’Algérie : beaucoup d’annonces et très peu de résultats favorables aux Algériens

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Le Président turc Recep Tayyip Erdogan a fait son show à Alger. Il a encore une fois démontré que son pays compte sur la scène internationale au regard de l’accueil fastueux que lui a accordé Alger. Des discours, beaucoup de discours, des promesses, des cadeaux pour les Algériens à travers les projets financés par la TIKA, Erdogan a bien défendu le rayonnement de son pays en pleines tensions internationales autour de la crise libyenne. Mais concrètement que gagne l’Algérie de cette visite et spectacle diplomatique ? Presque rien. Explications.

Au cours de cette visite, les plus belles promesses ont été formulées. Erdogan et Tebboune ont convenu officiellement de porter très bientôt le volume des échanges entre l’Algérie et la Turquie à plus de cinq (5) milliards de dollars. Et lors d’une conférence de presse animée avec son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, Tebboune a insisté sur l’importance des échanges bilatéraux notamment dans les domaines intéressant les jeunes. 5 milliards de dollars d’échanges, cela signifie quoi ? Des investissements en Algérie, des emplois créés pour les jeunes algériens. Non, pas du tout.

Il faut savoir que d’ores et déjà les échanges entre l’Algérie et la Turquie ont atteint les 4,628 milliards de dollars, constitués de 2,318 milliards de dollars d’exportations algériennes, en hausse de plus de 26% par rapport à 2017 et 2,310 milliards de dollars d’importations auprès de la Turquie en augmentation de 14 % par rapport à la même période. Ces échanges sont donc proche de la barre des 5 milliards de dollars. Et ce que l’Algérie vend à la Turquie, elle le dépense pour racheter des produits manufacturés et du textile ou divers produits importés en devises. Ces échanges avec la Turquie ne sont donc pas profitables à l’Algérie.

En revanche, plus de 200.000 Algériens avaient visité la Turquie en 2017, profitant d’une cinquantaine de vols aériens hebdomadaires relient les villes des deux pays. Cela signifie que les touristes algériens ont beaucoup dépensé en Turquie et constituent un apport majeur pour les recettes des devises pour le tourisme turc. Selon des prévisions faites par des spécialistes de la destination Turquie, les touristes algériens rapportent au pays d’Erdogan chaque année plus de 400 millions d’euros dans ses caisses.

Combien de touristes turcs visitent l’Algérie ? La réponse est évidente. Creusons plus loin : il y a actuellement, près de 1.000 entreprises turques activent en Algérie, alors que la communauté turque vivant en Algérie dépasse les 10 000 personnes, dont des cadres supérieurs, des techniciens et des travailleurs exerçant dans divers domaines d’activités. Ces entreprises turques contribuent-elles réellement à la création de richesses en Algérie ? Pas du tout. Du moins uniquement sur le papier. Oui, sur le papier la Turquie a fait beaucoup de promesses et d’annonces à l’Algérie. La Turquie figure bel et bien sur le tableau des investisseurs étrangers déclarés, avec un volume financier de 169 milliards de DA, à savoir plus de 1,6 milliards de dollars,  permettant la création de 12 306 emplois.

Encore et toujours sur le papier, le secteur de l’industrie est en première position dans la répartition sectorielle des investissements turcs en Algérie, représentant 59% en nombre de projets, 90% en flux et 64% en termes d’emplois créés sur l’ensemble des projets inscrits au niveau de l’Agence Nationale du Développement de l’Investissement (ANDI). Mais sur le terrain, ces investissements ont-ils été concrétisés ? Non, loin s’en faut. La majorité écrasante de ces projets sont encore à l’étude et aucun financement turc sérieux et fiable n’a été débloqué depuis Ankara ou Istanbul vers Alger. Les emplois promis demeurent toujours au stade de… promesse. Les entreprises turques ne consentent à aucun investissement au sens propre du terme. Elles attendent l’accord de l’ANDI pour bénéficier des avantages fiscaux et parafiscaux, elles sélectionnent régulièrement des partenaires algériens pour demander ensuite des crédits d’investissement aux banques algériennes.

Preuve en est,  un projet de construction d’un complexe de textile à Relizane appartenant à la joint-venture Tayal, formée de deux filiales du Groupe public national de textile Getex, du holding Madar (ex. Snta) et de l’entreprise turque Intertay, est officiellement, ou théoriquement, en cours de réalisation. Le projet devait comprendre la réalisation de huit (8) usines totalement intégrées de tissage, de traitement, de confection, de bonneterie, et d’ennoblissement de tissus, de finissage, de blanchiment et de teinture, d’un centre d’affaires et d’une d’école de formation en métiers de tissage et de confection avec une capacité d’accueil de 500 stagiaires par session. Or, pour le moment, et depuis mars 2018, une seule usine de filature de coton, faisant partie de ce complexe, était entrée en production avec une capacité de production de 9.000 tonnes/an. Le nombre d’emplois n’a jamais été vérifié officiellement.

Dans le secteur énergétique, la compagnie nationale, Sonatrach, à travers sa filiale SPIC (Sonatrach Petrolium Investment Corp) et la compagnie turque CPEY, filiale de Ronesans, ont signé en septembre 2019 à Istanbul l’ensemble des contrats nécessaires au lancement des études d’engineering du complexe pétrochimique pour la production de propylène et de polypropylène (PDH-PP) à Ceyhan en Turquie. Sonatrach et Ronesans avaient procédé à la création de la société de projet, une société mixte de droit turc dénommée, « Ceyhan Polipropilen Uretim Anonim irket » avec une structure d’actionnariat de 34% pour la SPIC et 66% pour CPEY.

Cette société de projet a pour objet la conception, l’ingénierie, l’approvisionnement, la construction et l’exploitation d’un complexe de production de 450 milles tonnes par an de polypropylène au niveau de la zone industrielle de Ceyhan, dédiée au développement de la pétrochimie. Selon Sonatrach, cet investissement, estimé à 1,4 milliard de dollars, représente un « intérêt stratégique » pour la Turquie comme pour l’Algérie. Oui le projet est ambitieux et énorme. Mais il sera réalisé en… Turquie et les emplois seront turcs. Et encore là aussi, ce projet est à l’étape de la théorie et rien de concret n’a encore commencé.

Il faut savoir que le Président Erdogan n’est pas à sa première visite en Algérie. Le 26 février 2018, le président turc avait évoqué la nécessité de signer un accord sur la protection des investissements et un accord sur le partenariat stratégique avec l’Algérie. Il avait notamment appelé les hommes d’affaires de son pays à « investir en force » en Algérie qu’il avait qualifiée d’ »île de stabilité politique et économique en Méditerranée et en Afrique ». L’annonce a fait plaisir à tous les Algériens. Mais deux ans après, nous n’avons toujours pas vu ses investisseurs turcs venir « en force dans notre pays ».

En revanche, sur le plan économique, les sociétés turques ont effectivement pris des marchés extraordinaires en Algérie. Un exemple pertinent qui démontre que l’économie algérienne n’a tiré aucun profit de la réussite des entreprises dans notre pays.

Implantée à Oran, dans la zone industrielle de Béthioua, Tosyali Algérie a été créée en 2008. La convention signée entre l’Agence nationale de développement de l’Investissement (ANDI) et « Tosyali iron & steel industry Algérie » a porté sur un investissement de 11,3 milliards de dinars (130 millions d’euros).  Tosyali a mis en exploitation le premier complexe de production d’acier et de rond à béton en juin 2013. Deux ans après, soit en 2015, cette même société a mis exploitation une extension constituée d’une «unité laminoir de production de fil machine pour approvisionner les PME et les entreprises de construction.

Tosyali produit l’équivalent de 700 mille tonnes de fer par an. En deux ans, elle réalisé en Algérie un bénéfice net de 350 millions de dollars, a appris AlgériePart suite à ses investigations. Des chiffres extraordinaires qui font pâlir de jalousie toutes les autres aciéries européennes. Mais en Algérie, les turcs ont bénéficié d’un avantage précieux : un prix de la ferraille très bas pour leur production du rond à béton. Oui, Tosyali achetait toute la ferraille de notre pays à un prix dérisoire, entre 12 et 16 Da le kilo selon certaines sources très bien informées, pour la transformer en rond à béton. Cependant, depuis 2016, Toysali ne trouve plus sur le marché national de la ferraille de qualité pour poursuivre sa production. Dans ce contexte, il a bénéficié d’un autre énorme coup de pouce : l’autorisation d’importer de la billette de fer.

Et le fabricant devient ainsi… importateur alors que des avantages fiscaux et parafiscaux lui ont été accordés ! Or, jusqu’à 2016, il y avait en Algérie une trentaine d’importateurs. La concurrence maintenait les prix du fer à des seuils acceptables et raisonnables. Et brusquement l’Etat intervient pour imposer des licences d’importation afin de contrôler la sortie des devises en pleine crise financière.

Aujourd’hui encore, Tosyali domine outrageusement le marché algérien et promet une nouvelle usine dotée d’une capacité de production de 1.000 tonnes/an de filés laine et mélanges (laine, polyester, acrylique) dans une première phase puis 2.000 T/an la deuxième année et 3.000 T/an l’année suivante. Mais là encore, Tosyali s’est beaucoup enrichi en Algérie  sans apporter la moindre valeur ajoutée à la sidérurgie algérienne. Et aucune instance officielle n’a été choquée par les énormes avantages dont il avait bénéficié.

Au final, les rêves turcs en Algérie sont des chimères pour les Algériens. Mais cela n’empêche pas le Président Erdogan de soigner son image de Chef d’Etat qui fait rayonner son pays dans le monde. Erdogan a convaincu Tebboune de lui donner son accord pour l’acquisition d’un terrain en vue de la construction d’une nouvelle ambassade de Turquie en Algérie. Erdogan obtient aussi l’ouverture d’un centre culturel turc en Algérie. Oui, la Turquie sort prestigieuse de cette visite et l’Algérie, elle gagne quoi ? Des clopinettes et beaucoup de promesses.

 

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