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Enquête. L’Algérie menacée par la soif malgré les 55 milliards de dollars dépensés depuis… 2000

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C’est un véritable danger qui guette l’avenir de l’Algérie. Et pourtant, les Algériens n’en parlent pas beaucoup à défaut d’une prise de conscience nationale. La menace d’une pénurie d’eau est l’un des périls que l’Algérie doit affronter dans les années à venir. La croissance démographique et la raréfaction des ressources hydriques, augurent une pénurie d’eau en devenir dans notre pays. Et face à ce danger, les autorités algériennes ont sorti des dizaines de milliards de dollars pour éviter une “terrible crise de soif”. Enquête. 

La croissance démographique et les changements climatiques, et de ce fait l’accès à l’eau potable pour la population, constitue un défi majeur pour l’Algérie dans les décennies à venir.  En été 2019, une  étude de l’Institut de prospection économique en Méditerranée (Ipemed) a relevé les vulnérabilités des potentialités hydriques pour l’Algérie. D’après l’étude l’Algérie est classée parmi les pays les plus exposés à un stress hydrique à long terme dans le pourtour méditerranéen. En effet, l’étude intitulée «L’accès à l’eau et l’assainissement en Méditerranée, les finances innovantes: solutions ou illusion?» démontre que l’Algérie figure parmi les pays les plus exposés à un stress hydrique à l’horizon 2030. Un diagnostic qui n’a jamais nié en vérité par les autorités algériennes.

L’Algérie a toujours reconnu qu’elle figure parmi les pays de la région classés dans la catégorie des pays pauvres en ressources hydriques, avec une dotation en eau de 600 m3 par habitant et par an. Cela s’explique par l’étendue du territoire algérien sur 2,4 millions de km2, dont la majeure partie (87%) est un désert où les précipitations sont quasi nulles. Les 90% des eaux de surface sont situées dans la région du Tell qui couvre environ 4% du territoire et qui abrite 65 % de la population du pays ayant dépassé les 44 millions d’habitants en 2020.

Sécheresses et pénuries chroniques 

Par son appartenance géographique à la zone aride et semi-aride, l’Algérie est soumise à des conditions physiques et hydro climatiques défavorables. Elle subit depuis quelques décennies, les aléas climatiques, qu’il s’agisse de sécheresses et pénuries chroniques ou d’inondations dévastatrices, en plus de la croissance démographique et économique, avec des besoins croissants en eau potable, industrielle et agricole. La contribution du ruissellement aux eaux de surface a systématiquement diminué. Les flux trop faibles ont comme impact un remplissage insuffisant des barrages existants.

Pour faire face à cette situation, l’Algérie a adopté une stratégie de développement du secteur de l’eau à l’horizon 2030 qui a pour principaux objectifs :  Satisfaire, quantitativement et qualitativement, la demande en eau de l’ensemble de la population algérienne, assurer la disponibilité de l’eau aux activités productives ; et Préserver le cadre de vie des citoyens, des ressources en eau et de l’environnement.

Cette stratégie s’articule autour du Plan National de l’Eau (PNE), des Plans Directeurs d’Aménagements Régionaux des Ressources en Eau (PDARE) et du Schéma National de Développement de l’Assainissement (SNDA). Ces instruments de planification stratégique ont fixé les objectifs, les plans d’action et les programmes en matière d’accès à l’eau aux différents usages, d’assainissement et de préservation de la ressource Le principe de développement durable est inscrit dans les principaux textes de loi et instructions concernant l’aménagement du territoire, la protection de l’environnement et la gestion et la mobilisation des ressources en eau.

 

La loi n°05-12 du 4 août 2005 relative à l’eau re- voit complètement la législation algérienne en la matière, et ce en vue de mettre en œuvre les outils stratégiques de gestion intégrée de la ressource en eau dans le cadre d’un développement durable.

Cette loi a été la première étape d’un processus de réforme, dans le sens d’une politique nationale orientée vers l’équité et l’universalité de l’accès à l’eau, la préservation qualitative et quantitative de la ressource, la gestion rationnelle et économique planifiée à échelle du bassin versant. Celle-ci est assortie de 43 textes d’application sur les budgets et crédits, les organismes opérationnels et le personnel qualifié afin de mobiliser, répartir et protéger au mieux les ressources en eau du pays.

Le droit d’accès à l’eau et à l’assainissement, la préservation qualitative et quantitative des ressources en eau sont expressément mentionnées dans les textes juridiques algériens. Outre la loi relative à l’eau de 2005, ce droit est mentionné dans la loi n° 85-05 relative à la promotion de la santé et dans la loi n°03-10 relative à la protection de l’environnement dans le cadre du développement durable.

Considéré comme le premier consommateur des ressources en eau mobilisée (70%) avec un taux de gaspillage important, le secteur de l’Agriculture est également visé par cette panoplie de lois.

Sur le plan institutionnel, le Ministère des Ressources en Eau (MRE) est l’autorité centrale responsable de l’élaboration et de la mise en œuvre de la politique nationale de l’eau, il dispose de relais déconcentrés au niveau local avec les Directions des Ressources en Eau de Wilaya (DREW).

En 2001, des réformes institutionnelles ont modifié en profondeur les établissements publics à compétence nationale, placée sous la tutelle du MRE, et posé les jalons d’une gestion moderne du secteur de l’eau et de l’assainissement.

Les acteurs mis en place sont à même, de par les attributions qui leurs sont conférées, de couvrir l’ensemble des nécessités et des obligations de l’eau et de l’assainissement pour un développement harmonieux et durable du pays.

Toujours sur le plan institutionnel, l’Algérie s’est dotée de plusieurs organes de consultation : le conseil national consultatif des ressources en eau (CNCRE) au niveau national et les Agences de Bassin Hydrographique (ABH) au niveau régional et qui associent les élus locaux dans le cadre de leurs activités sans oublier l’agence de Gestion Intégrée des Ressources en Eau (AGIRE) qui s’occupe, avec ses déclinai- sons régionales (Agences de Bassins Hydrogrphiques, ABH) de l’élaboration et le développement des stratégies de gestion intégrée des ressources en eau. L’Algérie dispose aussi de l’Agence Nationale des Ressources Hydrauliques (ANRH) : chargée du suivi des ressources en eau au plan quantitatif et qualitatif, de la préservation, de la protection et de la sauvegarde de ces ressources contre toute forme de pollution.

Il y a également l’Agence Nationale des Barrages et Transfert (ANBT) : chargée de mobiliser et de transférer les ressources en eau vers les lieux d’utilisation ainsi que l’Algérienne Des Eaux (ADE) : elle gère tout le processus d’alimentation en eau potable et industrielle y compris la mise en œuvre des programmes annuels et pluriannuels d’investissements.

55 milliards de dollars d’investissements… 

Sur le plan financier, l’Algérie a sorti son chéquier pour financer de gros investissements afin gérer ce risque élevé d’un stress hydrique.  En effet, l’Algérie a consenti durant la période 2000-2019 une enveloppe budgétaire de plus de 55 milliards USD pour la réalisation d’un programme de développement très ambitieux qui s’est traduit par l’amélioration des indicateurs nationaux en matière des ressources en eau.

Grâce à ces investissements, l’Algérie a pu procéder à l’augmentation de ses capacités d’emmagasinage les eaux et l’investissement dans le réalisation de plusieurs stations dessalement d’eau de mer ont nettement contribué à relever le part quotidienne de l’algérien en eau potable pour atteindre 178 litres d’eau/jour en 2014. L’accès à l’eau potable a sensiblement augmenté en Algérie ces 14 dernières années passant de seulement 123 litres/jour par habitant en 2000 à 155 litres en 2005, puis à 170 litres en 2010 avant d’atteindre 175 litres en 2013 et 178 litres en 2014. La mobilisation de l’eau durant le période 2010/2014 a permis aussi une amélioration de taux national de raccordement à l’alimentation en eau potable de 93% en 2010, 95% en 2012 et 98% en 2014. Ces taux étaient de 80% en 2000 et de 89% en 2005.

Il faut savoir qu’en Algérie de 1999 à 2012, environ 23,459 milliards $US ont été dédiés au secteur de l’eau dont seuls 61,6 % ont été dépensés de manière effective. La faiblesse de la capacité d’absorption s’explique par des entraves lors de l’exécution des budgets alloués et un manque d’un capital intellectuel capable de relever efficacement le défi des objectifs de développement inhérents à l’eau et de gérer durablement les ressources en eau. Ces efforts se sont heurtés aussi à des contraintes sur le terrain en raison d’une concentration sur la mobilisation de l’eau en amont (politique de l’offre) sans valorisation de la ressource en aval par une gestion de la demande en eau (GDE). Toutefois, l’Algérie a pu réaliser les cibles ses objectifs de de développement de l’accès à l’eau, avant l’échéance fixée par l’ONU en 2015, avec un coût économique qui s’estime à 14,515 milliards $US.

Notre pays a assuré un accès à l’eau potable à la majorité de la population avec un taux de raccordement de 98 % en 2015 contre 78 % en 1999 et il a pu atteindre l’objectif lié à l’assainissement où le taux de raccordement aux réseaux d’assainissement s’évaluait en 2015 de 90 % alors qu’il était de 73,2 % en 2000.

Pour atteindre ces résultats, l’Algérie, s’est attelé ainsi à la mobilisation de la ressource en eau à travers la réalisation de  80 barrages d’une capacité de stockage de plus de 8,3 milliards de m3, auxquels il faut ajouter cinq (05) barrages en cours de réalisation d’une
capacité additionnelle de 300 millions de m3 sans oublier les 2 800 forages gérés par !’ADE pour le renforcement et la sécurisation de l’alimentation en eau potable, notamment pour les agglomérations secondaires et zones éparses, avec une capacité de production de plus de 3.200.000 m3/j.

Onze (11) grandes unités de dessalement d’eau de mer, gérées par des sociétés de projet dédiées, avec une capacité de production d’eau potable de 2, 1 millions m3/jour, auxquelles il faut ajouter quatre (04) autres unités en stade de projet: deux de 300.000 m3/j chacune, une de 70.000m3/j et une autre de 50.000m3/j.

L’Algérie a réalisé également 27 stations de déminéralisation et de déferisation, en vue de garantir une eau potable disponible et de qualité répondant aux normes en vigueur, au profit notamment des populations des localités des wilayas du sud du pays.  21 systèmes de grands transferts et d’adductions entre les zones géographiques du pays ont été édifiés  pour consolider les principes d’équité et d’universalité de l’accès à l’eau ; grâce à un linéaire total dépassant les 4000 km, d’une capacité journalière de 2,9 millions de m3 destinée à l’alimentation en eau potable de 15 millions d’habitants. Par ailleurs, 14.365 réservoirs et châteaux d’eau ont été réalisés permettant de mobiliser 9 millions de m3, assurant ainsi une disponibilité régulière de l’eau potable aux populations. Leur nombre d’élevait à 12.000 ouvrages en 2000 mobilisant uniquement 3 millions de m3.

Mais est-ce suffisant ? Non ! 

Ces chiffres témoignent d’un véritable effort consenti par l’Etat algérien pour éviter au pays de subir de plein fouet les effets dévastateurs du stress hydrique. Ceci dit, ces efforts risquent de ne pas suffire car la demande nationale en eau est toujours en constante augmentation !

La demande a été multipliée par 2,5 soit un accroissement phénoménal de 150 % entre 1999 et 2012. Elle est passée de 1,25 km3 en 1999 à 3,1 km3 en 2012. On estime qu’en Algérie, la demande en eau potable augmente de 8 % par année. On remarque qu’il y a une corrélation positive entre cette demande, qui correspond en fait à la production de l’eau via les infrastructures de mobilisation, et le PIB per capital qui a connu un accroissement supérieur de 202,61 % durant la même période (2000 et 2013). La même observation a été soulevée pour la dotation en eau par habitant; cette composante a connu aussi une augmentation égale à presque 42,5 % entre 1999 et 2012.

Toutefois, cette quantité ne concerne pas que les usagers domestiques parce que la demande en eau potable regroupe la part des administrations, du commerce et de l’artisanat et des activités touristiques et, en plus, une part liée aux pertes dans les réseaux de distribution.

Les besoins annuels de l’Algérie en eau à l’horizon 2030 devront s’élever à 12,9 milliards de m3 contre 10,4 milliards de m3 actuellement, a reconnu le gouvernement algérien en janvier 2019. Ces prévisions reposent principalement sur la hausse attendue de la croissance démographique et de l’expansion urbaine”,précisant que “le taux d’urbanisation devrait, en 2030, être supérieur à 87% pour une population avoisinant les 50 millions de personnes”.

Selon les chiffres avancés par le ministre, le volume des besoins annuels prévus à l’horizon 2030 se compose de 4 milliards de m3 pour la consommation des ménages (contre 3,3 milliards de m3 actuellement), de 8,3 milliards de m3 pour l’agriculture (contre 6,8 milliards de m3 actuellement) et de 0,6 milliard de m3 pour l’industrie (contre 0,3 milliard de m3 actuellement).

Pour se préparer à cette énorme demande nationale en eau, les autorités algériennes comptent beaucoup sur le Plan national de l’eau à l’horizon 2030, basé sur la poursuite de la mobilisation des ressources en eau conventionnelles et non conventionnelles en focalisant sur les régions enregistrant un déficit à travers l’exploitation de toutes les disponibilités offertes en vue d’intensifier et élargir le réseau de raccordement et de transfert entre grands complexes hydriques du pays.

Ains, 45% des besoins annuels prévus à l’horizon 2030 seront assurés par les barrages et 35% par les infrastructures de mobilisation et de production, qui ne sont pas affectées par les changements climatiques, notamment les stations de dessalement d’eau de mer et des eaux souterraines du Sud, alors que le reste, soit 20%, par les eaux souterraines du nord du pays et des Hauts plateaux, dont le niveau de renouvellement est tributaire des conditions météorologiques.

Mais pour garantir la sécurité hydrique dans les années à venir, l’Algérie devra dépenser encore plusieurs milliards de dollars pour porter le nombre de ses barrages d’eau à  120 infrastructures afin d’augmenter les capacités de mobilisation des eaux de surface à hauteur de 10 milliards de m3 avec des systèmes de raccordement et de transfert hautement efficaces et des conduites secondaires de distribution permettant de couvrir l’ensemble des centres de consommation du pays suivant le principe d’égalité et de solidarité.

En 2019, l’Algérie avait entamé la finalisation des études de réalisation de 23 nouveaux barrages, de 3 grands transferts et d’un projet de raccordement de barrages, outre des études en cours pour la construction de 36 barrages et trois études de transfert d’eau du Sud vers les Hauts plateaux. Ses études sont-elles enfin prêtes ? Depuis le début de la crise politique qui ébranle la stabilité du pays avec le 5e mandat de Bouteflika et le mouvement de contestation populaire le Hirak ainsi que l’organisation dans des conditions difficiles de l’élection présidentielle du 12 décembre 2019, ce dossier a étrangement disparu des… radars du nouveau régime qui se met petit à petit en place.

L’Algérie devait également organiser la réception de quatre nouvelles stations de dessalement d’eau de mer qui étaient prévues à Alger, Bejaia, Skikda et El Taref. L’Algérie devait porter le nombre de ces stations de dessalement à 15 grandes stations (contre 11 actuellement) assurant une production globale de 2,8 millions de m3/jour. Le taux des eaux dessalées devra représenter les 25% de la production nationale à l’horizon 2030. Mais tous ces projets ont été suspendus et plus personne au sommet du pouvoir algérien n’en parle à nouveau. L’Algérie devait également financer en urgence l’intensification des efforts visant à réduire les fuites d’eau à 18% en 2030 contre 35% actuellement.

Depuis 2019, un ralentissement dangereux est donc observé en Algérie depuis l’année dernière au sujet du plan d’action qu’il faut mettre en oeuvre pour anticiper la future crise de l’eau qui risque de mettre en péril l’instabilité du pays. L’Algérie devra encore gagner beaucoup d’argent pour financer les futurs nouveaux barrages. Un seul barrage peut coûter entre 500 et 2, voire 3 milliards de dollars. L’Algérie devra investir encore au moins 25 milliards de dollars supplémentaires pour continuer à gérer le risque hydrique. Mais avec l’actuelle crise financière, la paralysie économique et l’instabilité chronique au sommet de l’Etat, l’Algérie risque de manquer cruellement de ressources budgétaires pour financer les besoins de sa soif insatiable d’eau. Le danger est à prendre très au sérieux si la bonne gouvernance et la croissance économique ne sont pas de mise dans le pays, les Algériens et Algériennes pourront énormément souffrir de la soif d’ici 2030.

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