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Des fruits, des légumes, du pain et des céréales : le gaspillage des produits alimentaires, des millions de dollars de pertes en Algérie

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Dans les balances alimentaires, les pertes et gaspillages alimentaires sont définis par la FAO comme les produits utilisables perdus dans la filière de distribution, c’est-à-dire entre la sortie de l’exploitation agricole (ou du port d’importation) et le point de vente au détail. Il convient pour évaluer les pertes et gaspillages alimentaires d’ajouter à la filière de la distribution, les pertes à la ferme.

Les pertes et gaspillages au niveau de la distribution ont des origines diverses : mauvaises conditions de stockage, déficit d’unités de transformation (en particulier pour les tomates industrielles et les pommes de terre en cas de « surproduction »), absence et/ou insuffisance de conditionnements adaptés (surtout pour les fruits et légumes), pertes dues à des ruptures des chaînes de froid… Peu d’études ont été conduites sur le thème des pertes ou du gaspillage alimentaire en Algérie, alors que la question du gaspillage est considérée aujourd’hui comme un réel problème auquel est confrontée la société algérienne qui a longtemps entretenu un rapport quasiment sacré au pain.

Les pertes et gaspillages de céréales au niveau de la filière distribution représenteraient, selon la FAO, environ 10 % de la valeur en kcalories de la ration alimentaire au cours des années 2009- 2013, soit environ 433 500 tonnes par an selon une étude réalisée par le Centre de Recherche en Economie Appliquée pour le Développement (CREAD) en 2018.

A ces pertes et gaspillages, il faut ajouter les pertes au niveau de la ferme : pertes durant la récolte et au cours du stockage avant sortie de la ferme. Pour les céréales on estime ces pertes en moyenne à 4 %, soit environ 173 000 tonnes de céréales par an durant la période 2009-2013. Au niveau des consommateurs, le gaspillage est particulièrement important pour le pain, aliment largement subventionné. Aucune enquête fiable n’a été faite sur ce phénomène. La société algéroise chargée du ramassage des déchets ménagers évalue le gaspillage du pain par les populations de la capitale à 90 tonnes durant les neuf premiers mois de l’année 2017, soit l’équivalent de 12 000 tonnes de blé. Il est aussi fait état de 12 millions de baguettes de pain jetées chaque mois dans le pays, soit l’équivalent de 320 à 400 000 tonnes de blé.

La Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (FOREM) estime quant à elle en 2015, que plus de 40 millions de dollars de pain sont jetés annuellement. Si le débat portant sur l’opportunité des subventions aux produits alimentaires de base est vif au niveau des instances économiques nationales (Ministères des finances, du Commerce et de l’Agriculture, Forum des chefs d’entreprises…) ou internationales (FMI et Banque Mondiale), peu de mesures sont prises pour réduire le gaspillage actuel. Il convient de signaler simplement que certaines municipalités organisent dans leurs circonscriptions le tri sélectif des ordures ménagères et on prévu un contenant spécialement dédié au pain jeté par les ménages. Le secteur privé s’est également engagé dans la récupération de ce pain et son recyclage au profit des éleveurs de bétail ou des aviculteurs.

Pour lutter contre le gaspillage alimentaire, un projet de valorisation des déchets organiques générés par l’activité du marché de gros de fruits et légumes d’El-Kerma (Oranie) a été mis en œuvre au cours de l’automne 2015. Ce marché générait en moyenne de 10 tonnes de fruits et légumes arrivés à péremption et qui étaient quotidiennement jetés. Des déchets verts issus de l’élagage des arbres fournis par la commune d’Oran sont également recyclés avec ces déchets issus du marché pour fabriquer un compost destiné aux agriculteurs de la région d’Oran. L’unité pilote de production du compost à partir de ces déchets verts et organiques, a été initiée par le bureau d’Oran de l’organisation non gouvernementale « Regions of Climate Action » (R20 MED) en partenariat avec la direction de l’environnement et la chambre d’agriculture de la wilaya d’Oran, des collectivités locales (municipalités d’El-Kerma et d’Oran) et des associations de développement local. Le compost destiné aux agriculteurs de la région vise à améliorer la fertilité des terres agricoles et lutter contre les effets polluants des résidus de pesticides.

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