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Comment les chiffres officiels mensongers ont aggravé la propagation de la pandémie du COVID-19 en Algérie

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Depuis le début de la crise sanitaire du COVID-19 en Algérie, le ministère de la Santé a donné des chiffres “officiels” qui ne correspondaient pas à la réalité. Ces chiffres minimisaient énormément la réalité de la propagation de l’épidémie en Algérie et ses dangers. Croyant rassurer les Algériens et Algériennes, ces chiffres ont provoqué l’effet contraire puisqu’ils  ont diffusé un sentiment d’insouciance et d’indifférence générale au sein de la population algérienne. Aujourd’hui, depuis le début du mois de juillet, cette politique mensongère des chiffres officiels a provoqué une véritable catastrophe sanitaire. 

Hôpitaux saturés, des morts chaque jour, des équipes médicales entièrement dépassées et épuisées, pénurie de l’oxygène médicale, manque cruel des lits d’hôpitaux, services de réanimation entièrement déstructurés et sous-équipés, des malades rejetés au niveau des unités du COVID-19 et renvoyés chez eux faute de place dans les hôpitaux, bref, la réalité amère de la pandémie en Algérie n’a strictement aucune relation avec les chiffres officiels continuellement annoncés par le ministère de la Santé. C’est dire que ces statistiques faussées ont contribué à l’aggravation de la situation sanitaire car elles ont incité les Algériens à ne pas prendre au sérieux le danger de l’épidémie.

Algérie Part avait expliqué récemment que faute de statistiques officielles fiables, l’Algérie est écarté de plusieurs classements internationaux et enquêtes mondiales sur la pandémie du COVID-19. A titre d’exemple, la plateforme scientifique en ligne Our world in data qui propose des datavisualisations très complètes (cartes et courbes) paramétrables afin de suivre en direct l’évolution mondiale de la pandémie du COVID)19 place l’Algérie en “rouge” concernant ses très faibles capacités de dépistage.  En clair, l’Algérie fait partie des derniers pays sous-développés du monde concernant sa très mauvaise politique de dépistage et de surveillance de la pandémie. Le nombre des tests de dépistage quotidiens pour traquer le COVID-19 est si faible en Algérie que cette source scientifique internationale classe notre pays dans la même catégorie que la Somalie ou le Yémen !

Aujourd’hui, face à la recrudescence des cas de contamination et de décès, les responsables et des officiels locaux commencent à se démarquer des chiffres avancés quotidiennement par le comité national de suivi de l’épidémie de la Covid-19.  Dans certains cas, il est possible d’imputer ces différences (aussi énormes soient-elles) au manque de moyens matériels pour la réalisation des diagnostics à l’aide de RT-PCR, alors que dans d’autre cas, on a l’impression qu’il s’agit d’une volonté d’occulter le nombre réel de personnes diagnostiquées positives au Coronavirus ou même des personnes qui en sont décédées.

A Constantine, le docteur Waheb Benarab, médecin et président de la commission de santé de l’APW, relève les incohérences entre les chiffres officiels et la réalité sur le terrain. Pour lui, les « chiffres qui remontent, et pas seulement de Constantine, ne regroupent pas tous les cas positifs. Un grand nombre de cas n’est pas diagnostiqué et échappe aux statistiques. Les citoyens qui sont diagnostiqués par scanner et ceux qui sont peu symptomatiques ne sont pas non plus comptabilisés. Comptez aussi tous les porteurs sains qui se promènent sans mesures de protection. Ces patients ont peur des hôpitaux, ils préfèrent rester chez eux ». Dr Benarab estime, par ailleurs, qu’il existerait entre 3.000 et 4.000 malades atteints de la Covid-19 à Constantine, alors que les chiffres officiels indiquent 670 cas.

A Sétif, c’est le wali qui casse la version officielle ! Affirmant qu’environ 10 décès sont enregistrés quotidiennement dans sa wilaya. « Faisant état d’une situation épidémiologique « détériorée » et « préoccupante », après avoir enregistré au cours des dernières semaines une augmentation « significative » du nombre quotidien de contaminations confirmées par la Covid-19, le wali a révélé que  » La wilaya de Sétif enregistre une moyenne quotidienne d’environ 10 décès » », rapporte l’agence de presse officielle (APS) dans une dépêche intitulée « Sétif: des mesures d’urgence pour assurer un confinement rigoureux ». Le nombre de décès quotidien dans cette wilaya dépasse donc le nombre total de morts par Covid-19 au niveau national ! Ce qui n’a rien de logique.

Même son de cloche à Annaba, où plusieurs responsables du CHU Ibn-Rochd ont révélé que le nombre de cas de contamination ainsi que le nombre de décès liés à la Covid-19 sont beaucoup plus importants et effrayants que les chiffres rapportés par la presse nationale. « Moins d’une dizaine de cas sont déclarés quotidiennement dans la wilaya d’Annaba, alors que les résultats des PCR diagnostiquent entre 40 et 100 cas par jour », nous a-t-on révélé sous couvert d’anonymat.

A Oum El Bouaghi, ce sont les services de la DSP qui révèlent le pot aux roses. Sur la page Facebook de la cellule de communication de la DSP, le bilan Covid-19 de la wilaya est publié quotidiennement. Les cas positifs, négatifs ou suspects de chaque commune y sont publiés. On apprend sur cette page, par exemple, que Oum El Bouaghi a enregistré 20 cas confirmés par PCR le 5 juillet, 8 cas le 6 juillet, 30 cas le 7 juillet et 15 cas hier. Ce qui porte le nombre de cas confirmés par PCR depuis le début de cette pandémie dans cette wilaya à 602 cas et 61 décès, alors que le ministère de la Santé indique 294 cas seulement.

Beaucoup d’autres exemples où les chiffres révélés par des travailleurs et des responsables locaux contredisent ceux avancés par le ministère de la Santé. Il semblerait que ce soit pour cette raison que les services du Premier ministère ont interdit aux responsables locaux de communiquer les chiffres liés à la propagation du virus de la Covid-19.

Depuis le mois d’avril, les informations liées à la propagation de l’épidémie, relèvent presque du secret-défense. Aucun responsable ou presque n’est autorisé à fournir les chiffres dont il dispose. « Les instructions des autorités centrales (le Premier ministère) sont claires. Nous n’avons le droit de communiquer aucune information », nous dit-on à chaque fois que l’on essaie d’obtenir des informations de la part des officiels. Les autres travailleurs du secteur nous affirment à chaque fois « Nous ne pouvons vous révéler les chiffres exacts, mais c’est loin de ce que vous êtes en train de rapporter dans les médias ».

L’opacité a prouvé, à plus d’une reprise, ses limites et les citoyens ont, selon l’article 51 de la Constitution algérienne, le droit d’accéder à ces informations en toute transparence.

Avec le Provincial, journal régional algérien basé à Annaba 

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