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Analyse – Ces Chiffres qui Desservent l’Election de Tebboune à la Tête de l’Etat. !

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L’Autorité Nationale Indépendante des Elections (ANIE), par la voix de son Président Mohamed Chorfi, a déclaré qu’Abdelmadjid Tebboune a été élu à l’élection présidentielle du 12 Décembre 2019 avec score de 58,15 % des voix, représentant 4,9 millions de voix, pour un taux de participation historiquement bas, atteignant 39,83 % du corps électoral inscrit.

Selon les dernières estimations, environ 9,7 Millions d’algériens parmi les 24,4 millions inscrits sur les listes électorales auraient donc participé à ces dernières élections en Algérie et de par le monde.

Par un simple calcul, et en ôtant les bulletins nuls ou en litiges qui ont atteint 1,25 millions de votes, le nombre total de votes exprimés s’est élevé à seulement 8,5 millions de voix, ce qui fait dégringoler le taux réel de participation effective à près de 34% du corps électoral.

C’est avec ce taux de participation dérisoirement bas et un nombre de voix réels de 4,9 Millions de voix exprimées pour lui, qu’Abdelmadjid Tebboune aura été choisi pour prendre la tête de la Présidence algérienne.

Et cela ne représente de fait que 20 % des 24,4 Millions d’algériens inscrits sur les listes électorales ! Car aux chiffres on peut faire dire un peu tout, selon ce que l’on veut exprimer ou taire…

Si on prend en considération la participation soutenue des membres de l’armée et de ses réservistes et même les membres des forces de police, ce sont environ 1.000.000 de personnes qui seront venus gonfler pour partie ce taux de participation et les voix du candidat Tebboune.” Nous a déclaré un membre du staff d’un candidat aux présidentielles.

Si avant même l’annonce officielle des résultats, la pilule n’est pas passée pour les nombreux algériens sortis à nouveau le vendredi 13 décembre pour exprimer leur rejet des chiffres préliminaires annoncés la veille par l’ANIE et des soupçons de fraudes orchestrées par l’Etat Major de l’Armée, cela n’a pas empêché Mohamed Chorfi, l’ex procureur de la République, Secrétaire Général du Ministère de la Justice, conseiller à la Présidence de la République et Ministre de la Justice sous Bouteflika, d’oser comparer l’engouement du peuple pour ces élections présidentielles à celui du scrutin de 1995 !

Comme beaucoup, nous avons été surpris par cette déclaration hasardeuse du Président de l’ANIE qui constitue une entorse même aux prérogatives de cette autorité qui, doit-on le rappeler, a pour mission unique de préparer les élections, les organiser, les gérer et les superviser pour enfin en rapporter les résultats sans jugement aucun ou avis quelconque. Devoir comparer, ou même remercier une quelconque partie, comme l’a fait Mr Chorfi concernant le rôle de l’Etat major de l’Armée dans cette échéance électorale est tout simplement inadmissible !

Cette improbable comparaison et les remerciements en direction du pouvoir militaire et du chef d’Etat Major Ahmed Gaid Salah, installé à ce poste en 2004 par l’ex Président Bouteflika, sont venus une fois encore, au-delà même de l’aporie du raisonnement et de l’irrationalité de cet acte de soumission, dénoncer la fausse image d’indépendance et de souveraineté prônée par Chorfi et ne fait finalement que pointer du doigt le rôle tangible de l’armée et son emprise totale dans la préparation et la conduite de ses élections, comme pour celles qui ont vu le général Zeroual arriver à la tête de l’Etat par la grâce de ce même pouvoir militaire…

Et à vouloir comparer vraiment, il y a lieu de noter qu’en 1995, le contexte politique et sécuritaire très difficile, avait poussé les algériens à massivement aller voter dans l’espoir d’une paix durable.

Cet engouement pour la sérénité avait alors drainé aux urnes plus de 12 Millions de votants et a représenté 11,6 millions de votes effectifs hors bulletins invalidés ou nuls… ce qui correspond à près de 3 millions de voix de plus plus qu’en 2019 ! Et encore si les chiffres de la dernière élection ne souffrent d’aucune ”exagération”.

En 2019, Chorfi n’ignore pas que les algériens ont clairement boudé les urnes et que les bureaux de votes étaient déserts comparés à la franche adhésion populaire de 1995. Non il ne peut l’ignorer sauf à être aussi déconnecté des réalités que le parti FLN, qui aura soutenu le candidat Mihoubi le pensant le mieux placé, avant qu’il ne se classe quatrième dans cette compétition suprême !

Faut-il d’ailleurs rappeler que ce dernier a été le seul candidat à avoir enregistré un score ridicule au sein même de la wilaya dont il est natif…

Déconnecté également l’Union Générale des Travailleurs Algériens (UGTA) qui avait organisé une manifestation à Alger pour dénoncer la résolution adoptée par le Parlement européen contre le régime algérien et en même temps servir de soutien au processus électoral rejeté par le peuple dans ses marches pacifiques.

Le président de l’ANIE affirmait alors en ce 6 décembre 2019, que ”les manifestants pro-élection sont plus nombreux que ceux qui s’y opposent”…

Enfin, Mohammed Chorfi ne peut nier que les meetings de campagnes et les réunions publiques de quasi tous les candidats affichaient une affluence très faible et peu soutenue, à comparer à celles de 1995 comme le démontrent ces quelques clichés mis ci-après à la disposition de nos lecteurs.

 

Non Mr Chorfi, ces élections présidentielles de Décembre 2019 ne sont pas celles de 1995, tout comme le candidat élu n’a pas la légitimité réelle que vous tentez de lui endosser. Elle n’est que de façade tout comme l’est la démocratie que vous vous escrimez à vendre à un monde moderne qui ne vous croit guère et auquel ce régime n’appartient pas.

Car Abdelmadjid Tebboune, personne ne l’oubliera, a également servi le régime dès 1999 en tant que Ministre de la Communication et de la Culture, avant d’en être chassé en 2017, alors qu’il occupait le poste de Premier Ministre, par le clan de Bouteflika installé à la tête de tous les rouages de l’Etat…

Qu’à cela ne tienne, nous noterons que ces élections sont venues confirmer ce que le Hirak dénonce depuis le 22 Février 2019, que des hommes serviles et à la conscience corrompue par quelques privilèges offerts pour accomplir leurs basses missions, ne sont en fait choisis que pour leur obséquiosité et incompétence, afin de servir d’alibis civils pour un régime militaire et une administration plus prompts depuis 1962 à agiter un gouvernement d’épouvantails que d’asseoir un modèle de compétences. Un pouvoir que ne caractérisent plus qu’incuries et impérities…

Mais nous ne baisserons pas les bras en ne cesserons pas de sourire, car l’avenir est à nous et il sera tout autant pacifique que pacifié.

Amir Youness

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