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Crise des magistrats : Abdelhafid Djarir, l’homme qui tire les ficelles

Derrière la crise des magistrats qui paralysent une grande partie des tribunaux algériens suscitant un énorme climat de tension avec des violences policières et une répression inédite, nous retrouvons un homme qui tire les ficelles dans les coulisses. Il s’agit d’Abdelhafid Djarir, le  directeur des affaires judiciaire et juridique au ministère de la justice. C’est lui le véritable cerveau qui a dessiné ce mouvement annuel opéré dans le corps de la justice depuis maintenant deux semaines. Il exerce une énorme influence sur le ministre Belkacem Zeghmati et Djarir est même pressenti pour remplacer Zeghmati si cette crise des magistrats perdure encore dans le temps menaçant ainsi l’organisation des élections présidentielles du 12 décembre prochain. Ce qui contraindrait le régime algérien à sacrifier la tête de Zeghmati. 

Et Abdelhafid Djarir enfile d’ores et déjà le costume de l’homme qui peut remplacer Zeghmati. Lundi dernier, c’est lui qui est parti au studio de la radio Chaîne III pour défendre la feuille de route du ministère de la Justice et pour contrecarrer les critiques du syndicat national des magistrats (SNM). Abdelhafid Djarir a développé un langage clair, concis et tranchant : il a accusé les magistrats grévistes “d’égoïsme” car la plupart d’entre-eux ne veulent pas partir travailler dans les autres wilayas de l’intérieur et du grand du sud. “Nous avons reçu cette année plus de 1.297 demandes de mutation qui ont été étudiées”, a-t-il précisé à la Chaîne III relevant que “80% des magistrats voulaient travailler dans les grandes villes du Nord du pays, alors que d’autres étaient restés à leurs postes pendant plusieurs années, ce qui n’est pas normal”.

Abdelhafid Djarir a même accusé les juges grévistes de “monopoliser”  leurs fonctions durant de longues années. Ce haut responsable du ministère de la Justice est allé même jusqu’à accuser les magistrats et juges en grève de “rébellion” et de “désobéissance civile” !

La charge est lourde et les mots sont forts. Sans avoir perdu son sang-froid et son calme flegmatique, Abdelhafid Djarir a tout tenté pour discréditer le mouvement de protestation des magistrats et casser leur dynamique. A travers sa prestation sur les ondes de la Chaîne III, Djarir démontre sa parfaite connaissance des rouages du système judiciaire. Lui qui avait dirigé pendant des années la Cour de Djelfa en tant que principal Procureur général de cette Cour. Djarir dispose également d’une précieuse expérience au sein du ministère de la Justice lui qui avait dirigé le département de la modernisation au ministère de la Justice du temps de Tayeb Belaiz. Ce dernier est, d’ailleurs, considéré comme le parrain de l’actuel homme fort du ministère de la Justice.

Une proximité qui pourrait nourrir les enquêtes des services de sécurité chargés de lutter contre la corruption au regard de l’implication de Tayeb Belaiz dans plusieurs dossiers lourds, lui qui fut pendant toutes les années 2000 l’un des symboles du régime Bouteflika. Mais un symbole épargné jusque-là par la “faucheuse” alias le “Mendjel”. Originaire de Ténés, dans la wilaya de Chlef, l’ascension d’Abdelhafid Djarir jusqu’au plus haut de la pyramide du ministère de la Justice témoigne de la reconduction des mêmes pratiques sombres du régime algérien : favoritisme, copinage, corruption et machiavélisme.  A travers Abdelhafid Djarir, le régime se renouvelle, mais reste foncièrement lui-même puisqu’il dénonce brillamment ses adversaires sans faire le moindre effort de corriger ses propres torts.

 

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